À l’occasion de ce précieux anniversaire, quoi de plus prestigieux et d’excitant que de proposer à 25 personnalités qui nous sont chers ou proches de la manifestation de choisir parmi leur pléthorique collection personnelle, 25 films à vous faire (re)découvrir sur grand écran.

Un très beau cadeau de leur part pour une programmation hautement recommandable !

François Boucq 

François Boucq

Nourri aux univers de Ronald Searle, Sempé, Franquin, Jijé et surtout Alexis, un de ses maîtres, François Boucq n’a pas vingt ans quand il débute en 1974 une carrière de dessinateur au Point via des caricatures politiques. Il passera ensuite par L'Expansion, Playboy, Le Matin de Paris, avant de collaborer à Pilote (où il lance Cornets d'humour avec Delan) puis Fluide glacial dans lequel il donne naissance aux séries Rock Mastard puis Les leçons du Professeur Bourremou. Notons aussi les couvertures des romans de Frédéric Dard, San Antonio, ainsi que des participations à des revues telles que Science et vie junior ou des pochettes d’album du groupe Marcel et son orchestre. Ce stakhanoviste de la plume collabore en 1991 avec Alejandro Jodorowsky, pour la trilogie mystico-fantastique Face de Lune. Il retrouvera ce dernier en 1999 pour Le Trésor de l'ombre et en 2001 pour la série Bouncer. Soucieux de croquer ses contemporains, il a signé en 2017 Portrait de la France, puis l’année suivante Trump en 100 tweets. En mars 2018, une rétrospective des œuvres du dessinateur fut proposé à la galerie Huberty Breyne, à Paris.

L'obsédé
(The collector)
The collector

Raillé par son entourage pour sa passion pour la lépidoptérophilie, Freddie Clegg, un employé de banque, est obsédé par une jeune fille croisée dans le bus. Il décide de l’enlever et d’en faire sa prisonnière.

"The collector" est un film aux antipodes des fresques hollywoodiennes du même réalisateur.

Il signe ici un film à deux personnages qui évoluent en vase-clos. En un univers concentrationnaire!

Un jeune homme éprit d'un amour compulsif et univoque décide de conquérir le coeur de la jeune fille sur laquelle il a jeté son dévolu. Par le kidnapping et la séquestration.

Se comportant avec elle comme il le fait avec les papillons qu'il collectionne avec passion et méticulosité.

Si le point de départ du film semble une allégorie simpliste au fur et à mesure que l'intrigue se développe elle se révèle plus complexe et subtile.

Le réalisateur prend un vif plaisir à ce huis-clos jubilatoire en entomologiste. Il jouit de l'observation de ses personnages plongés dans ce contexte hors norme.

François Boucq

Jean-Pierre Bouyxou 

Jean-Pierre Bouyxou

Né en 1946, Jean-Pierre Bouyxou commence à écrire très jeune. D’abord pour un quotidien bordelais, La France, puis des fanzines comme Mercury et Lunatique, et ensuite pour des revues comme Vampirella, Miroir du fantastique ou Ciné-Revue. Dès 1968, il épouse pour toujours cet esprit contre-culturel. Et tandis que le genre est encore regardé de travers, il signe avec Roland Lethem 65 ans de science-fiction au cinéma, anthologie de référence autant que guide. À cette époque, il participe à des happenings et des pièces de théâtre, puis il se lance dans la réalisation de petites folies expérimentales, dont Satan bouche un coin, et une poignée de films pornos. Ainsi, quand il n’écrit pas des romans licencieux sous pseudonymes aux éditions de la Brigandine, il participe à des ouvrages sur les cinémas de Belgique, horrifique, d’avant-garde ou érotique. Toujours sous pseudonyme, il participe à quelques entartages avec son camarade Noël Godin. Assistant et proche de cinéastes tels Franco, Rollin et Lethem, il est le porte-étendard d’une culture alternative qu’il aime transmettre et qu’on aime recevoir.

Chromo sud
Chromo sud

Après Voyageur diurne et Homeo, voilà le troisième et dernier court-métrage du cinéaste expérimental québécois Étienne O’Leary. Une errance psychédélique et kaléidoscopique, filmée en France, et qui, en formidable témoin de son époque, nous fait découvrir des images des événements de mai 1968.

Le dernier des trois courts métrages psychédéliques réalisés en France entre 1966 et 1968 par étienne O’Leary, jeune cinéaste canadien, est le plus intense, le plus hypnotique. On trouve en lui la même rage incantatoire et réfractaire que chez Lautréamont, en version lysergique. O’Leary est mort en 2011 dans un établissement psychiatrique de Montréal, à 66 ans. Il n’avait plus rien tourné après Chromo Sud, sommet du cinéma underground de son époque.

Jean-Pierre Bouyxou
Vu par mon chien (trente ans de culottes)
Vu par mon chien (trente ans de culottes)

Pendant trois décennies, un parisien pour le moins obsessionnel va filmer en toute impunité via un stratagème sophistiqué les dessous de femmes qu’il croise dans la rue...

Clotilde Courau 

Clotilde Courau

Clotilde Courau n’a que 16 ans lorsque elle abandonne ses études pour devenir actrice. Multipliant les cours de théâtre, elle intègre la compagnie théâtrale Francis Huster sous la coupe du comédien. En 1988, elle monte sur les planches aux côtés de Michel Bouquet dans L’Avare de Molière. Deux ans plus tard, Jacques Doillon lui offre son premier rôle important face à Richard Anconina dans Le Petit Criminel, pour lequel elle décroche le prix du cinéma européen de la meilleure actrice. On la verra ensuite chez Bertrand Tavernier (L’Appât), Patrice Leconte (Les Grands Ducs), Pierre Jolivet (Fred) et Guillaume Nicloux (Le Poulpe). En 2000, elle joue dans le premier néo-slasher français (Promenons-nous dans les bois) tout en faisant confiance à de jeunes réalisateurs tels Olivier Megaton (Exit) et Guillaume Canet (Mon Idole). Récemment, elle donnait la réplique à Zahia Dehar dans Une fille facile, récompensé du Prix SACD de la Quinzaine des réalisateurs. Elle vient de finir le tournage du très attendu Benedetta de Paul Verhoeven.

Atomic Café
(The Atomic Cafe)
The Atomic Cafe

On dit souvent qu’un peuple qui vit dans la peur est un peuple docile. C’est certainement pour prouver cet adage que Jayne Loader, Kevin Rafferty et Pierce Rafferty se sont amusés à monter des dizaines et des dizaines d’heures d’images diverses - publicités, émissions télé, films éducatifs, archives gouvernementales... - témoins des prémices de la guerre nucléaire et de la peur de la bombe atomique alors imminente.

Vous appréciez les comédies musicales, les masques à gaz, les pin-ups et les abris antiatomiques ? Vous ne pouvez pas rater The Atomic Cafe ! Nos grandes périodes historiques se distinguent par certaines psychoses qui leur sont propres. Ainsi, les années 2010-2030 resteront dans les annales par notre fascination pour un potentiel effondrement économique, puis climatique. Sous la forme d’un cut-up de films de propagande, d’actualités et de publicités télévisuelles, The Atomic Cafe jette un regard aussi drôle qu’affûté, cruel et irrévérencieux, porté par une bande-son décoiffante, sur l'obsession américaine pour une guerre nucléaire terminale dans les années 1950. Il s’avère souvent utile de regarder en arrière pour mieux comprendre l’époque que nous traversons et la manière dont est manipulée la perception que nous en avons, ce que nous propose ici ce « grand film d’horreur comique ».

Clotilde Courau

Philippe Decouflé 

Philippe Decouflé est un amoureux du mouvement et du corps. Après une formation auprès de Isaac Alvarez, puis avec Marceau à la technique du mime, il se tourne vers l’art du cirque sous la houlette de Annie Fratellini avant de s’intéresser à la danse aux côtés de Merce Cunningham. Ce chorégraphe français de danse contemporaine devient célèbre grâce à la mise en scène du défilé du 14 juillet 1989, puis des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux olympiques d'Albertville trois ans plus tard. Il s’essaye aussi à la publicité et réalise de nombreux spots pour Butagaz ou Polaroïd, puis il signe de nombreux clips notamment pour le groupe New Order ou plus récemment Beyoncé, ainsi que le court métrage Le P’tit bal, primé dans le monde entier. Il y a deux ans, Bruno Dumont a fait appel à lui pour signer les chorégraphies de Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc. Cela ne l’empêche pas de continuer à concevoir des créations, à l’instar de Cyrk 13, la revue Désirs, présentée au Crazy Horse, ou Iris au Japon, saluées par les professionnels et par le grand public, à la fois audacieuses et extrêmement décalées.

Les petites marguerites
(Sedmikrásky)
Sedmikrásky

Deux jolies jeunes filles, Marie 1 et Marie 2, ne cessent de s’ennuyer. Tout juste passent-elles leur ennui en séduisant des hommes plus âgés pour se faire inviter au restaurant. Mais cela ne suffit plus. Ce monde ne leur convient pas, très bien : elles vont tenter d’y semer chaos et désordre.

Je vous présente « Les petites marguerites », de Vera Chytitlova, un film tchèque de 1966 que j’ai découvert en 2012 dans les bacs d’un magasin de videos, au Brésil.
Ce film raconte l’aventure, sauvage et improbable, de deux jeunes filles livrées à elles-mêmes dans une grande maison vide.

Philippe Decouflé

Chloé Delaume 

Chloé Delaume

Chloé Delaume, “autrice en général, féministe en particulier” est née en 1973. Cette amoureuse des mots sévit dans un grand nombre de formes artistiques, que ce soit des romans, des autofictions, de la poésie, du théâtre, des chroniques pour Arrêt sur images, des textes courts ou des romans, quand elle n’édite pas elle-même les textes des autres au sein de sa collection intitulée Extraction aux éditions Joca Seria ou qu’elle n’anime pas un atelier d’écriture. Par ailleurs, elle participe à la création de la revue de littérature contemporaine Tina en 2008, puis elle lance deux ans plus tard la manifestation « À vous de lire ». Mais ce n’est pas tout : elle est aussi performeuse, chanteuse, musicienne, et tant d’autres choses. En 2014, elle réalise La Contribution, un court-métrage d’anticipation. Une carrière remplie et éclectique donc, mais toujours habitée par un goût pour l’expérimentation et la recherche de nouvelles formes, et ce dès son premier livre, Les Mouflettes d'Atropos, paru en 2000. Comme dans les romans qui suivront (plus d’une vingtaine à ce jour), elle pratique l'autofiction, notamment dans le très intime Le Cri du sablier. Son dernier ouvrage, Mes bien chères sœurs, est paru au Seuil en 2019.

Génération Proteus
Génération Proteus

Dans un futur proche, un informaticien a inventé un super-ordinateur, capable d’effectuer d’immenses calculs permettant de résoudre de nombreux problèmes. Mais quand son créateur remet en question le but de ses recherches, l’ordinateur décide de s’émanciper, va installer sa conscience directement dans le processeur de la maison du savant et commence à séquestrer Susan, son épouse.

Ce film m'a marqué, étudiante. L'IA qui prend le pouvoir, ça m'a toujours infiniment plus terrifiée que les zombies ou les forces du mal. Proteus IV est une IA bien pire que HAL, il s'incarne dans ses extensions robotiques et a envie de se reproduire. C'est un film d'horreur domotique, où Julie Christie se retrouve séquestrée et abusée dans sa propre maison. Une rareté que j'avais envie de partager.

Chloé Delaume

Sylvie Denis 

Sylvie Denis

Figure majeure de la science-fiction hexagonale, Sylvie Denis a eu le virus du genre dans les années 70 quand, petite, elle découvre émerveillée la série Cosmos 1999. Ensuite, la collection Fleuve Noir Anticipation qu’elle dévore avec un plaisir immense fait office de révélation. En plus de rédiger des nouvelles qui composeront le recueil Jardins virtuels, elle traduit bon nombre d’auteurs du genre, tels Alastair Reynolds, Stephen Baxter ou Greg Egan, puis fonde la revue Cyberdream, référence du genre. Professeur d’anglais jusqu’en 2002, elle délaisse cette activité pour se lancer à plein temps dans l’écriture et la traduction. Ainsi, en 2004, sort son premier roman Haute-École, sorte d’anti-Harry Potter qui interroge la notion d’éducation. Suivront en 2007 La Saison des singes, puis deux romans pour enfants : Les îles dans le ciel en 2008 et Phénix futur en 2009. Cette même année sort Pèlerinage, un nouveau recueil de nouvelles. Trois ans plus tard, elle donne une suite à La Saison des singes, avec L'Empire du sommeil, qui vient s’ajouter à une brillante carrière littéraire.

Croisières sidérales (Version restaurée)
(Croisières sidérales)
Croisières sidérales

Françoise Monier, une aéronaute, abandonne à contrecœur son mari pour un voyage dans l’espace, accompagnée de Lucien, jeune père d’un garçon. Après quelques ennuis, ils atterrissent. Dans le vaisseau, quinze jours se sont écoulés, mais sur Terre, relativité oblige, ce sont vingt-cinq ans qui ont passé.

On demande souvent aux auteurs de Science-Fiction s'ils ne craignent pas que leurs textes inspirés de l'état de la science et de la technologie de leur temps vieillissent. Cela leur arrive, mais ils ne devraient pas.

Prenez Croisières Sidérales, comédie tournée pendant l'Occupation. Les équations de Lorentz et la relativité restreintes ne sont pas encore "dépassées". Les explorateurs de la stratosphère qu'un accident propulse beaucoup plus loin subissent donc les effets normaux de la relativité, faisant du film une véritable oeuvre de Science-Fiction.

C'est une comédie aux dialogues vifs qui résonnent parfois étrangement quand on sait à quelle période elle fut tournée. Avec un rythme rapide et un plaisir manifeste à brocarder les médias, l'appât du gain et la recherche de la célébrité, le film est peuplé de personnages à la gouaille intemporelle et enchante par son enchainement de situations farfelues filmées avec inventivité.

Il n'oublie pas d'avoir une héroïne scientifique qui est l'égale de son mari qu'elle retrouve plus vieux de vingt-cinq ans suite à son accident d'exploration. La mélancolie que ne peut que causer le passage du temps entre alors en scène. Et on est ravi de voir que la mode de 1966 vue depuis 1941 ne déparerait pas dans le dressing d'un David Bowie période 1972.

Sylvie Denis

Warren Ellis 

Warren Ellis

C’est principalement via le collectif Nick Cave and the Bad Seeds que le compositeur et musicien australien est connu du grand public. En plus de collaborer à de nombreux albums de Marianne Faithfull, Catpower, Kim Salmon, que ce soit au piano, à la guitare ou à la mandoline, il fonde le groupe These Future Kings en 1986 puis Dirty Three en 1992, et enfin Grinderman de 2006 à 2011. Mais aujourd’hui, ses activités musicales sont à chercher du côté du grand écran. En effet, dès 2005, il entame une carrière de compositeur de musiques de films, tout d’abord avec Nick Cave, pour le film The Proposition de John Hillcoat, suivi en 2007 de L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d'Andrew Dominik. En 2016, il est récompensé du César du meilleur compositeur pour la bande originale du film Mustang réalisé par Deniz Gamze Ergüven. Cette même année, il se consacre à la production et à la tournée du nouvel album de Nick Cave & The Bad Seeds, tout en signant la composition de Comancheria de David Mc Kenzie. Depuis, ce musicien inspiré et inclassable continue de multiplier les participations pour un cinéma exigeant de tous horizons, qui fait confiance à la beauté sauvage de ses créations.

Walkabout
Walkabout

Une adolescente et son jeune frère se retrouvent seuls au beau milieu du bush australien. Ils vont rencontrer un jeune arborigène, alors en plein rituel initiatique, et vont le suivre.

J'ai vu Walkabout à la fin des années 70 à la télévision dans l'état rural de Victoria en Australie où j'ai grandi. Je me souviens avoir été fasciné par la beauté de David Gulpilil et Jenny Agutter et par l'ambiance fébrile de leur danse. La transformation d'un jeune garçon en uniforme d'écolier en un explorateur cosmique avec un maquillage à pois. Je n'avais aucune référence pour un tel film. Muet en grande partie ou sous forme d'une conversation à sens unique, c'est cependant un film sur la communication au niveau le plus profond.  L'image du peuple indigène n'était pas conforme à ce qu'on nous apprenait à l'école au moment de sa sortie en 1971. La Repatriation n'arriverait pas avant des décennies. Le fait que le film soit réalisé et tourné par des européens a fortement impacté le résultat. Une belle et somptueuse méditation, compréhensive et d'une grande ouverture d'esprit. Ce film m'épate toujours autant.

Warren Ellis

Mati Diop 

Mati Diop

Il n’y a pas que le travelling : tout est affaire de morale au cinéma. Mati Diop l’a bien compris, et à travers ses films, elle ne cesse de le prouver. Cette jeune cinéaste franco-sénégalaise découvre le cinéma via les œuvres de son oncle Djibril Diop Mambéty, qui lui transmet le virus du septième art. En 2004, elle signe un premier court-métrage, Last Night. Dès 2006, elle intègre Le Pavillon, laboratoire de recherche artistique du Palais de Tokyo en 2006, qui donnera naissance à un court expérimental (Ile artificielle-Expédition), puis l’année suivante le Studio national des arts contemporains du Fresnoy. En 2008, on peut la voir devant la caméra de Claire Denis dans 35 rhums, puis en 2009, elle signe un nouveau court-métrage, Atlantiques. Suivront quelques participations à des films de Thierry de Peretti (Sleepwalkers) et Antonio Campos (Simon Killer), ainsi que la réalisation de nouveaux courts et moyens-métrages (Big in Vietnam, Mille soleils, Liberian Boy) avant le passage tant attendu au long-métrage avec Atlantique, qui développe les thématiques de son court-métrage quasi-éponyme, récompensé cette année du Grand Prix au Festival de Cannes

Pique-nique à Hanging Rock (Director's cut)
(Picnic at Hanging Rock)
Picnic at Hanging Rock

Début 1900, en Australie. Les élèves d’un collège huppé dirigé par Mrs Appleyard partent pour un pique-nique organisé à Hanging Rock, une forêt située dans une zone rocheuse. Les jeunes filles sont ravies, mais sans aucune explication, les montres s’arrêtent de fonctionner. Plus tard, trois élèves et le professeur de mathématiques manquent à l’appel.

Philippe Grandrieux 

Philippe Grandrieux

Depuis quatre décennies, Philippe Grandrieux façonne une œuvre fascinante autant que bouleversante et stimulante, qui ne cesse de déjouer les attentes. Après des études à l’INSAS, le cinéaste signe une série d’installations artistiques ainsi que des documentaires (Jogo do Bicho, Retour à Sarajevo). Mais la vraie reconnaissance, c’est en 1999 avec l’immense Sombre, errance ténébreuse d’un tueur à la recherche de ses proies. Trois ans après, il est de retour à la fiction avec La Vie nouvelle, là encore bouillonnant d’inventivité formelle et narrative. Après un clip pour Marilyn Manson et une série d’installations en 2007, il reçoit un hommage au Japon. Son nouveau long-métrage, Un lac, reçoit un accueil dithyrambique que ce soit à la Mostra de Venise, où il décroche une mention spéciale ou dans d’autres festivals. En 2011, il signe un documentaire autour du cinéaste japonais Masao Adachi. En 2015, nouvelle fiction avec Malgré la nuit, fantasme expérimental d’un Hitchcock sous psychotropes. Il y a deux ans, il est revenu à un format plus court avec le somptueux drame Unrest.

L'ascension
(Voskhozhdeniye)
Voskhozhdeniye

Biélorussie, Seconde Guerre Mondiale. Tandis qu’avance l’armée allemande sur le front russe, deux partisans soviétiques partent dans la forêt afin d’assurer le ravitaillement d’un bataillon.

Je n’ai vu le film qu’une seule fois. Il m’a ébloui. Les larmes sont venues dans le tintement des cloches, à la toute fin. Impossible de les contenir. Quelque chose avait soudainement lâché, libérant des pleurs d’enfant. Je suis sorti de la salle, chancelant. Le ciel gris chargé de neige avait éclairé de sa lumière exténuée le chemin obscur des hommes. Leurs actes confus, brutaux, et la peur qui conduit tout, avaient décidé des images, à moins que ce ne soit l’inverse, que ce soit les images précisément qui aient rendu possible ce monde incertain dans lequel ces hommes, le temps du film, affrontant la mort, choisissant l’abjection ou le courage, ont été nos prochains. Si cet homme qu’une charrette transporte vers la mort, à travers les grandes plaines Bielorusses, nous semble emporté, c’est d’avoir le visage renversé dans le paysage, alors que le ciel et lefleuve et les champs de neige s’effilochent, issus de son crâne, dans le tremblement d’un rêve cotonneux. Cette image particulière, voulue, désirée, accueillie, par Larisa Shepitko, bien plus que tout autre chose, emmène cet homme, engoncé dans son lourd manteau, à son destin. Ainsi s’assemble en nous le temps de la projection, d’une image à l’autre, ce que nous ne savons pas. C’est là que se tient le cinéma. Il nous donne à éprouver notre propre obscurité par le monde sensible qu’il projette face à nous. Alors nous pouvons, à notre tour, autrement, ailleurs, être celui que l’on emporte, et dans la lumière qui se rallume, se relever ruisselant de larmes.

Philippe Grandrieux

Arthur H 

Arthur H

Après des études au Berklee College of Music de Boston, Arthur Higelin s’est forgé son propre style musical aux confins du rock, du jazz, de la chanson française et de l’électro. De retour en France, il commence à faire le tour des scènes avec Brad Scott et Paul Jothy. Il n’a que 24 ans lorsque sort son premier album en 1990, qui retient l’attention des critiques. Deux ans plus tard, il monte l’ambitieux projet musical Magic Mirrors, parallèlement à la sortie de Bachibouzouk, son second album. L’année suivante, il est élu Révélation masculine de l’année aux Victoires de la musique. Dès lors, il saura convaincre son public en réinventant sans cesse son style. De Trouble fête (1996) à Amour chien fou (2018) en passant par Madame X (2000) ou encore Négresse blanche (2003), chaque album est une étape dans la perpétuelle recherche d’un nouveau son, d’un nouveau style. Nouvelles récompenses aux Victoires de la musique en 2006 pour le clip Est-ce que tu aimes ? avec M, puis trois ans plus tard pour l’album pop/rock de l’année, pour L’Homme du monde. Amoureux des mots, il publie son premier roman en 2015 (Le Cauchemar merveilleux), suivi récemment du très élégant Fugue.

Brancaleone s'en va-t'aux croisades
(Brancaleone alle crociate)
Brancaleone alle crociate

À l’ère médiévale, le chevalier Brancaleone dirige avec maladresse une petite armée de Croisés à la conquête du Saint Sépulcre, à travers l’Italie. Sur son chemin, il multipliera les gaffes, et rencontrera une princesse, une sorcière, et même la Mort...

‌Farce métaphysique, anarchiste, éminemment subversive, Brancaléone s’en va en croisade est un film atypique issue de l’incroyable vitalité et créativité du cinéma italien des années soixante et soixante-dix. Comme un bâton de dynamite posé l’air en rien sur les fondations de la société italienne, de la religion en général, de l’hypocrisie en particulier. Rien ne résiste à l’innocence destructrice de Brancaléone, génial Vittorio Gassman, qui amène et révèle un chaos ravageur ou qu’il aille. Un film pour ceux qui, comme moi, apprécient l’insolence joyeuse et la liberté poétique.

Arthur H

Jessica Hausner 

Jessica Hausner

C’est dès son premier long-métrage que Jessica Hausner attire sur elle tous les regards des cinéphiles conscients de l’éclosion d’une artiste hors-norme. Cette autrichienne née en 1972 est élevée au sein d’une famille d’artistes. Très jeune, elle découvre ébahie Dersou Ouzala d’Akira Kurosawa. C’est une révélation, et après des études à la Filmacademy de Vienne, elle se lance dans la réalisation de courts-métrages tels L'Anniversaire de Ruth, J'aimerais être souvent un papillon, Flora ou encore Inter-view, avant donc Lovely Rita en 2000, un portrait d’une jeune fille un peu paumée dans son cadre familial, immédiatement salué. Avec Barbara Albert, Ulrich Seidl, Ruth Mader et bien évidemment Michael Haneke (dont elle fut un temps la scripte) elle appartient à cette vague cinématographique autrichienne émergente. Quatre ans plus tard, Hotel déstabilise en voguant du côté du thriller psychologique, genre où on ne l’attendait pas. Suivront Toast, Lourdes ainsi qu’une relecture très personnelle du suicide du poète Heinrich von Kleist, Amour fou. Cette année, elle présente Little Joe - par ailleurs projeté ici-même -, un film de science-fiction dissonant, qui repartit de Cannes avec le prix d’interprétation féminine.

Meshes of the afternoon + At land + Divine Horsemen : The living gods of Haïti
Meshes of the afternoon + At land + Divine Horsemen : The living gods of Haïti

Cinéaste précieuse, Maya Deren a su allier le cinéma expérimental le plus inventif avec une narration ténue, qui lui apporte une reconnaissance quasi-immédiate. Inspirée des surréalistes et des œuvres cinématographiques de Jean Cocteau, elle débute en 1943 avec Meshes of the afternoon, son œuvre la plus connue, co-réalisée avec Alexander Hamid. Forte de ce premier succès, elle met en scène en 1944 At land, errance sur les plages de New York dont il n’est pas impossible qu’elle ait servi d’inspiration à Bergman pour son Septième sceau. De 1947 à 1954, elle filme à Haïti les rites vaudous, soulignant sa passion pour la chorégraphie des corps. Décédée prématurément en 1961 à l’âge de 44 ans, la réalisatrice laissera son film inachevé, jusqu’en 1985, date à laquelle des proches décident de terminer son projet Divine Horsemen.

Maya Deren est, depuis longtemps, une cinéaste qui me fascine et m'inspire. 

Une cinéaste au style transcendantal – précisément dans le sens où l’entendait Paul Schrader dans son livre-manifeste sur le cinéma de Ozu, Bresson et Dreyer.

Ses films touchent à l'impensable, à l'imperceptible, aux abstractions spirituelles que nous sommes incapables d'exprimer en mots. J'irais plus loin encore : elle donne corps à des choses hors de notre compréhension – comme l'éternité, la mort, le non-être, le néant.

Son cinéma est à l'opposé de ce qui nous est connu, sa négation presque. On y touche du doigt une réalité étrangère à sa propre existence. 

C'est comme si elle nous laissait entrevoir une pièce de théâtre depuis les coulisses et qu'on découvrait un espace vide. Ou comme si le personnage principal ne connaissait plus son texte ni le rôle qu'il est censé jouer. Cette sensation étrange, c'est quelque chose que j'essaye de créer dans mes propres films et que je retrouve fréquemment dans l'œuvre de Maya Deren.

La dimension spirituelle que prend son cinéma n'a jamais été plus présente que dans son film documentaire Divine Horsemen: The Living Gods of Haiti. On sait toute l'importance du rituel dans les cérémonies vaudou et c'est précisément sur ce même mode que fonctionnent les films de Deren : avançant selon leurs propres règles, ils sont  comme des rituels à part entière.

De même, Meshes of the Afternoon et At Land – avec leur récit, composition visuelle et montage éclatés  – forment une sorte de puzzle curieux, un puzzle là encore qui n'obéit qu'à sa propre mécanique. Rien n'est coïncidence : tout est symbole. Mais quel est en le sens alors ?

Être traversé par quelque chose qui ne cesse de vous échapper, c’est un sentiment qui m'est extrêmement familier : il m'accompagne tous les jours. D'une certaine façon, avec Maya Deren, je me sens parfaitement chez moi.

Jessica Hausner

Antony Hickling 

Antony Hickling

Né en 1975, Antony Hickling passe une partie de son enfance en Angleterre. Influencé par le cinéma de la transgression de Nick Zedd et Richard Kern, il poursuit des études en France à l’université de Vincennes, d’où il sort avec une furieuse envie de bousculer les conventions. Ca sera le cas dès 2010 avec son triptyque Birth en 2010, puis Q.J l’année suivante, ses deux premiers courts-métrages. Fort de cette tradition underground, il sort en 2013 Little Gay Boy, poème onirique gorgé d’humour noir, qui lui permet d’entamer une trilogie. En attendant le second volet, Where horses go to die (2016) il trouve le temps de réaliser le doux-amer One deep breath (2014) puis le court-métrage P.D (2014). Le second volet lui permet d’agrandir sa notoriété, son œuvre commence à faire le tour de festivals. Mais n’imaginez pas pour autant que Antony, désormais résident français se soit assagi : la conclusion de sa trilogie, Frig, passé l’année dernière au festival, se compose de trois parties (Amour, Merde et Sperme). Cette déclaration d’amour à Sade, Bataille et Pasolini a fait rougir la Commission de classification, qui a interdit le film aux mineurs.

L'ange exterminateur
(El ángel exterminador)
El ángel exterminador

Après une représentation à l’opéra, un couple de bourgeois invite quelques spectateurs à un dîner dans leur demeure. Malgré quelques incidents étranges (les domestiques s’en vont, un sentiment de déjà-vu est ressenti par quelques convives) tout se déroule pour le mieux, jusqu’au moment de se quitter : impossible de sortir de la demeure !

L'Ange exterminateur (El ángel exterminador) est un film mexicain de Luis Buñuel sorti en 1962 et reste l'un de mes préférés de ce réalisateur mythique. Buñuel avait prévu de le tourner à Londres mais n'ayant pas les moyen de le faire (même après le grand succès de Viridiana en 1961), il choisit de le filmer au Mexique. Le screenplay original intitulé « Les naufragés de la rue de la Providence » est un film qui n’a pas seulement marqué ma jeunesse mais continue à marquer mon cinéma.

Même si plusieurs lectures du films ont été proposées par différents critiques à travers le temps, comme disait Silvia Pinal (comédienne fétiche de Buñuel et star mexicaine de l’époque) : « A ce jour je ne sais pas de quoi parle ce film. » 

C’est un bonheur de le voir enfin sur grand écran. Merci l’Étrange !

Antony Hickling

HPG 

HPG

On pourrait, comme la critique l’a longtemps fait, résumer la carrière de Hervé-Pierre Gustave, dit HPG, à son incroyable longévité dans plus de six cents films gonzo, style qu’il contribua d’ailleurs à amener en France. Mais ça serait passer à côté d’une figure passionnante qui, à la manière d’un Bukowski, construit une œuvre-miroir extrêmement personnelle et lucide, qu’il qualifie lui-même de “journal intime permanent”. Première pièce de cette carrière, son documentaire autobiographique HPG, son vit, son œuvre, déprogrammé suite à sa première diffusion en 2001 et qualifié de scandaleux par bon nombre d’associations. Cinq ans plus tard, son premier long-métrage traditionnel On ne devrait pas exister, exercice méta, est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs. En 2011, Raphaël Siboni met la main sur les très nombreux rushes que HPG filma lui-même sur ses tournages hard, et réalise à partir de ce matériau Il n’y a pas de rapport sexuel, un documentaire poignant et galvanisant de liberté. En plus de continuer son exercice d’auto-fiction avec Les mouvements du bassin, Fils de ou Marion, l’acteur collabore dans des projets de cinéastes tout aussi iconoclastes que lui (Breillat, Bonello, Despentes).

Barfly
Barfly

Chinaski, alcoolique notoire, bagarreur et provocateur, erre de bar en bar dans la nuit de Los Angeles avant de rentrer dans sa chambre d’hôtel miteuse. Un jour, il rencontre la belle Wanda, elle aussi alcoolique, et s’installe chez elle.

Il tend son verre, comme moi je tends mon sexe...enfin parfois... je crois ?
Quel plaisir de l'écrire. Agir en homme libre !
Comme Buk et sa plume. À oser se planter en public, grâce à toi l'humiliation est moins forte. Et des meilleurs d'entre nous jamais rien ! Je t'aime dans ce film et je t'aime Hank !

HPG

Seth Ickerman 

Seth Ickerman

Derrière ce pseudo se cachent en fait Raphaël Hernandez et Savitri Joly-Gonfard, deux jeunes passionnés de cinéma qui, du fin fond des Hautes Alpes, décident en 2003 de réaliser un rêve fou : proposer une extension de l’univers cyberpunk du film Matrix. Débuté en totale indépendance en 2003 et avec un sens du système D - comme débrouille, mais aussi comme détail, tant le tout est minutieusement soigné - ils finissent enfin 6 ans plus tard le moyen-métrage Kaydara, et font rapidement parler d’eux, tout en envoyant un signal salvateur au cinéma de genre hexagonal : faire de la SF formellement crédible en France, c’est possible. Maintenant reconnus, ils peuvent commencer à signer professionnellement des publicités, ainsi que le clip Turbo Killer pour Carpenter Brut. Le courant passe tellement bien avec le groupe qu’ils ont lancé une campagne de financement pour réaliser une extension de ce clip. Ce sera Blood Machines, éblouissant trip rétro-futuriste aux détours mystiques, que nous sommes fiers de vous présenter ici-même. Actuellement, le duo développe leur premier long-métrage, intitulé tout simplement Seth Ickerman...

Métal Hurlant
(Heavy metal)
Heavy metal

Un astronaute rapporte chez lui une sphère verte appelée le Loc-nar, qui nous conte une poignée de ses aventures.

Ce choix de film me donne l'occasion de parler de la revue française des années 70, 80 'Métal Hurlant' et plus généralement d'une époque de créativité folle où des artistes comme Druillet, Caza, Moebius pour ne citer qu'eux, vont donner à la science-fiction une représentation graphique inédite, adulte et d'une liberté artistique sans limite. Sans avoir la prétention de me comparer à ces illustres créateurs, j'ai essayé avec Blood Machines de créer un film sans me soucier des normes et de rester artistiquement le plus libre possible. Cette volonté à un coût humain car les institutions ne sont jamais très chaudes pour aider financièrement ce genre de démarches... De la même façon, Métal Hurlant et tous les artistes qui gravitaient autour, ont subi beaucoup de critiques et de difficultés en leurs temps pour faire vivre leurs idées, mais ils sont aujourd'hui dans le sang de bon nombres d'œuvres de science-fiction majeures. Le film Heavy Metal donne un aperçu de cet esprit libre... Parfois violent, sans aucun tabou sexuel, narrativement déroutant, mais toujours graphique et par moment artistiquement puissant.

Seth Ickerman

Émilie Jouvet 

Émilie Jouvet

Après des études aux Beaux-Arts puis à l’École Nationale Supérieure de la Photographie, Émilie Jouvet s’est aventurée dans toutes les déclinaisons du langage de l’image : la photo, la réalisation cinéma et la production, et ce dès 2003 avec un premier court-métrage : Être une femme. En 2004, elle intègre le groupe d’artistes Queer Factory à Paris et deux ans plus tard, elle réalise One night stand, son premier long-métrage, récompensé de nombreux prix en festival de cinéma. Puis en 2010, elle trouve la reconnaissance avec le documentaire Too Much Pussy, un “road-movie jouissif et truculent sur la post-pornographie et le mouvement féministe sexe-positif” comme elle le décrit, remportant de nombreux prix un peu partout. L’an suivant sort une seconde version plus explicite du film intitulé Much More Pussy! Elle n’en délaisse pas pour autant la photographie, exposant partout dans les plus prestigieuses expositions du monde entier. Après un documentaire sur Ovidie, elle signe en 2017 My body my rules, documentaire expérimental témoin des combats de son auteure et de notre époque, prix spécial du jury au festival de Berlin. Son dernier long-métrage à ce jour, Mon enfant, ma bataille. 35 ans de lutte des familles homoparentales, date de 2019.

Strange Days
Strange Days

Tandis que le monde s'apprête à fêter le passage à l’an 2000, un ancien flic s’est reconverti comme dealer d’une technologie-drogue appelée SQUID permettant de vivre et ressentir ce que quelqu’un d’autre a vécu. Un jour, il reçoit un disque de cette drogue contenant le meurtre d’une de ses amies.

Un triangle amoureux torturé entre Mace, Lenny et Faith, une bande son superbe (Skunk Anansie).
Juste avant l'an 2000, une ville au bord de la guerre civile, des bavures policières sur fond de racisme, un personnage dépressif obsédé par les souvenirs de son ex, une flic amoureuse d'un loser...
Un film des années 90 visionnaire, qui dénonce le racisme et l'addiction naissante des masses à la technologie.

Émilie Jouvet

Mathieu Kassovitz 

Mathieu Kassovitz

Mathieu Kassovitz est une figure provocatrice et radicale qui détonne joyeusement dans le paysage cinématographique hexagonal. Né en 1967, il commence ses années d’assistanat à partir de 1985 puis dès 1990, il signe ses premiers courts-métrages : Fierrot le Pou, Cauchemar blanc, Assassins.... En 1993, son premier long-métrage, Métisse, qu’il réalise et interprète, est salué par la profession et nommé aux Césars dans la catégorie Meilleur premier film et Meilleur espoir masculin. Deux ans plus tard, il retrouve Vincent Cassel dans La Haine, récompensé de trois César et du prix de la Mise en scène à Cannes et accueilli avec un immense succès par la critique et le public. Forcément attendu au tournant, il réalise Assassin(s), un film frontal et dérangeant écrit avec Nicolas Boukhrief (Made in France). La presse se déchire, mais le film est aujourd’hui considéré à sa juste valeur. Il adapte ensuite pour la Gaumont Les Rivières pourpres de Grangé, polar français qui lui ouvre les portes d’Hollywood (Gothyka, Babylon A.D), mais il s’y brûlera les ailes. De retour, parallèlement à une carrière d’acteur impeccable, il réalise l’excellent L'Ordre et la Morale, et sera prochainement de retour derrière et devant la caméra en signant quelques épisodes de la saison 5 du Bureau des légendes, dont il est l’acteur principal.

Police story
(Ging chaat goo si)
Ging chaat goo si

Le combat de la police hongkongaise contre les trafiquants de drogue. Chan, un agent des forces de l’ordre, met en place tout un stratagème pour pousser le chef Chun Tu à commettre une erreur.

Il n’est pas de plus bel hommage fait au Cinéma et à ses spectateurs que de risquer sa vie pour réussir un plan. Cet amour du cinéma est dans chaque image de Police Story.

Matthieu Kassovitz

Xavier Lambours 

Xavier Lambours

Dans le monde de la photographie contemporaine, Xavier Lambours a su s’imposer grâce à des œuvres qui capturent avec humour et poésie ses sujets. Dès 1974, cet amoureux de Orson Welles, Fritz Lang et Piet Mondrian entre à la rédaction d'Hara Kiri, où Il s'exerce au roman-photo et au portrait, qui sera son domaine de prédilection. En 1983, il couvre son premier festival de Cannes, et se tourne vers le milieu du cinéma. Parmi les artistes qui lui font confiance, Jean-Claude Brisseau, Claude Brasseur, Delphine Seyrig, mais aussi Jacques Higelin et Dick Rivers. Rapidement, il multiplie les prix : Prix Kodak en 1984, Lauréat de la Villa Kujoyama à Tokyo en 1992, Prix Niepce pour le travail sur le Japon deux ans plus tard… Parallèlement, il multiplie les expositions de Arles à Lille, et se fait connaître du grand public, notamment par sa célèbre photographie de Robert de Niro dans son bain pour le magazine Globe Hebdo, ainsi que par les campagnes photographiques que lui confie depuis 15 ans Louis Vuitton. En 2011, la Maison Européenne de la Photographie organise une rétrospective de son œuvre.

Échec à l'organisation
(The outfit)
The outfit

Fraîchement sorti de prison pour avoir attaqué une banque, Macklin apprend que son frère, avec qui il fit équipe pour son braquage, vient d’être assassiné. Il comprend vite que la banque appartenait à une organisation, et Macklin, avec l’aide de Cody, lui aussi responsable du braquage, se lance dans une vengeance sanglante.

The Outfit fait partie, comme The Getaway de Sam Peckinpah ou Tuez Charley Varrick de Don Siegel, pour ne citer que ces deux là, des films immoraux américains où la morale bien pensante est oubliée, il y a souvent le sacrifice de la femme aimée dont on se débarrasse du corps, c'est très macho. Ce sont des films à manger, juste pour emmerder le docteur et son régime, des films qui procurent une jouissance totale, celle de se croire immortel.

Xavier Lambours

Yann Minh 

Yann Minh

Né en 1957, l’artiste multimédia et transmédia Yann Minh se considère comme noonaute, explorateur de la Noosphère et des mondes virtuels. Dès 1983, son installation multimédia immersive Media ØØØ est présentée au musée d'art moderne du centre Georges Pompidou et fait le tour du monde. Ses créations artistiques dans les domaines de l'art contemporain et de la cyberculture mêlant transhumanisme, cyberpunk, érotisme et BDSM seront plusieurs fois primées. Yann Minh est également l’auteur de Thanatos, Les Récifs, un roman de science fiction cyberpunk underground écrit en 1997 et mélangeant mondes persistants et avatars, transsexualité et BDSM, modifications corporelles et heroïc fantasy. En 2004, il fonde le Noomuseum, un musée virtuel en 3D temps réel consacré à la préhistoire de la cyberculture, et aux métaphores sexuelles cachées en art et au cinéma. Deux ans plus tard, il réalise Noogenesis, un court-métrage expérimental, qui fait suite à toute une série de documentaires bizarroïdes sur les poésies de Verlaine et Baudelaire, et sur Brazil de Terry Gilliam. Inclassable, il continue à travers ses conférences et ses expositions à nous rapporter de ses voyages virtuels ses plus beaux souvenirs.

Prospero's books
Prospero's books

Prospero, ex-duc de Milan, vit en exil sur une île depuis douze ans, avec sa fille. Entouré d’êtres étranges, il met au point un stratagème pour se venger de ses ennemis.

Autour de 2008, j’ai rencontré l’avatar de l’artiste Saskia Boddeke, dans le monde persistant de second life où elle y exposait ses créations immatérielles d’art virtuel. Son avatar m’a en chat, que son époux Peter Greenaway aurait déclaré : « Depuis que Second Life existe, le cinéma est mort ». Je me suis alors souvenu de son film de 1991, Prospero’s book formellement très inspiré des jeux de profondeurs de la perspective de la renaissance. L’invention de la perspective a transformé la surface de la toile en une porte ouverte sur l’espace virtuel du trompe l’oeil, et la Renaissance s’est épanouie dans la profusion généreuse d’un hyper réalisme immersif conceptuel peuplé de dieux, de sorciers, de démons fantastiques qui ont aussi inspirés le Prospero’s books de Peter Greenaway. Au 21e siècle, les métaverses, en ouvrant toutes grandes les portes sur l’infini du cyberespace, ont massivement donné accès, via les avatars numériques à un nouveau type de "dramas" interactifs et immersifs, dont Prospero’s books est pour moi le machinima annonciateur de notre futur quotidien concentrationnaire dystopique, immatérialisé dans de grands espaces utopiques et baroques peuplés de chimères virtuelles excessives et grandiloquentes.

Yann Minh

Michael Moorcock 

Michael Moorcock

Né en 1939 en Angleterre, Michael Moorcock est un des plus célèbres écrivains européens d’heroic fantasy, et certainement l’un des plus prolifiques. Le Cycle d'Elric (10 volumes), La Légende de Hawkmoon (7 volumes) ou encore la Quête d'Erekosë (3 volumes) constituent certains des sommets de sa carrière, autant que des classiques du genre. Mais résumer la carrière de l’auteur à ce seul domaine serait une erreur. On lui doit aussi, sous le pseudonyme d’Edward Powys Bradbury, les trois opus qui composent le Cycle du guerrier de Mars, une réussite tant dans la science-fiction que dans la fantasy. Ses trois expériences cinématographiques seront hélas teintées d’amertume : après un désaccord avec le cinéaste Robert Fuest sur Les Décimales du futur, il fait enlever son nom du générique de son adaptation du Programme Final. Son adaptation du roman de son maître Edgar Rice Burroughs pour Le Sixième Continent aboutit à un résultat mitigé, et celle de Stormbringer ne sera jamais portée à l’écran. Mais qu’importe : ce stakhanoviste de l’imaginaire, récompensé de nombreux prix et adulé par les fans, est une légende vivante, et nous fait l’honneur d’accepter notre invitation.

En Angleterre occupée
(It Happened Here)
It Happened Here

En Juin 1940, l’Allemagne nazie envahit l’Angleterre après la retraite des Anglais à Dunkerque. Peu à peu, la résistance britannique disparaît.

A la fin des années 50, dans le quartier de Soho à Londres, alors le coin des artistes et de l'industrie du sexe, une annonce fut diffusée dans les cafés, bars et pubs, recherchant des figurants bénévoles pour un nouveau film. En tant que jeune musicien de blues et écrivain, j'étais particulièrement intéressé par le sujet du film, qui évoquait des thèmes qui mûrissaient alors dans mon propre esprit. Le film était réalisé avec un tout petit budget sur plusieurs années par un adolescent à peine plus vieux que moi, Kevin Brownlow. Aujourd'hui un restorateur et un historien réputé, Brownlow travaillait alors dans le cinéma à petit budget, dont le centre était à Soho, où il entendit deux hommes parlant allemand dans la rue. Comme moi, Brownlow était quelque peu dégouté par le triomphalisme suffisant de certains médias anglais qui suggèraient que le nazisme n'aurait jamais pu se développer en Angleterre. Simultanément il avait aussi trouvé un livre de photos de Paris sous l'occupation, publié par les Forces Françaises de Libération en 1944. Ceci lui donna l'idée d'un film dans lequel l'Angleterre aurait capitulé en 1940 et, la résistance exceptée, aurait été extrêmement complaisante avec les conquérants nazis. Durant les quelques années suivantes, avec l'historien spécialiste Andrew Mollo et des dizaines d'acteurs bénévoles comme moi, Brownlow a du se battre pour terminer son film puis ensuite pour le tirer des griffes de United Artists qui l'avaient "enterré". Censuré par United Artists et la BBC, critiqué à droite et à gauche, taxé d'antisémitisme à cause de sa présentation juste d'authentiques fascistes britanniques déversant leurs horreurs et s'auto-condamnant de fait, le film a été vigoureusement défendu pour son aspect "connais ton ennemi comme toi-même".  Réalisé avec un budget minuscule par des enthousiastes, ce film porte un message peut-être encore plus urgent aujourd'hui qu'il ne l'était dans les années 50.

Michael Moorcock

FJ Ossang 

FJ Ossang

Écrivain, musicien, cinéaste… F. J. Ossang multiplie les casquettes avec une aisance incroyable. À la fin des années 1970, il fonde la revue littéraire Cée, puis les Céeditions qui lui permettent de publier des textes d’écrivains tels William Burroughs, Robert Cordier, ou encore Claude Pélieu. Parallèlement, il rejoint les groupes punk DDP puis MKB-Fraction provisoire, et commence à réaliser des films inspirés par l’expressionnisme allemand. En 1982, son premier court-métrage La Dernière Énigme ouvre les hostilités. Deux ans plus tard, il passe au long-métrage avec L'Affaire des Divisions Morituri, déjà empreint de ce style si particulier plein de fureur et d’énergie punk rock, puis Le Trésor des îles Chiennes. Il poursuit ses activités musicales tout en continuant d’éditer les autres, puis en sortant Génération Néant, son premier grand roman. Retour au cinéma en 1997 avec Docteur Chance, interprété par l’ancien leader des Clash Joe Strummer. Enfin, ses derniers longs-métrages Dharma Guns puis 9 doigts, montrés ici même il y a deux ans, viennent s’ajouter à une carrière délicieusement iconoclaste et des plus stimulantes.

Nous + Les saisons + Notre siècle
(My + Tarva yeghanaknère + Nach Vek)
My + Tarva yeghanaknère + Nach Vek

Artavazd Pelechian est certainement le plus méconnu des maîtres du cinéma soviétique tels que Paradjanov, Tarkovski et Sokourov. Une carrière qui s’étend sur près de quatre décennies ; treize films pour une durée totalisant moins de trois heures. Ces ciné-poèmes élégiaques, films de montage réalisés à partir de diverses archives, donnent une interprétation singulière du réel. Le cinéaste propose une narration sans histoire, des personnages sans acteur et des discours sans parole dans un spectacle fascinant et hypnotique, qui aborde aussi bien l’histoire de l’Arménie, son pays (Les Saisons, Nous) que la menace du futur (la conquête de l’espace dans Notre Siècle, proposé ici dans une toute nouvelle version). Le chaînon manquant entre L’Homme à la caméra de Dziga Vertov et le cinéma de Godfrey Reggio (Koyaanisqatsi).

Les films de Pelechian fixent, enregistrent et répètent le temps en une poésie visuelle et musicale intemporelle. Ses films peuvent avoir l’impact d’un astéroïde émotionnel. Ses narrations muettes ont davantage à dire qu’il ne peut être prononcé. Ce sont des histoires faites pour être contemplées : comme les étoiles dans la nuit, ses lumières du passé nous tiennent compagnie.

Les deux films proposés, bien que partageant la même forme, diffèrent grandement de par leur sujet d’observation. Les Saisons sont un magnifique enracinement dans la terra firma de la nature et de ses traditions ; dans Notre Siècle, le monde de la modernité quitte la planète à bord du chariot de la technologie. Comme Paradjanov, Pelechian a créé un cinéma original qui nous invite devant l’écran de notre inconnu exalté.

F. J. Ossang

Vincent Ravalec 

Réalisateur, écrivain, scénariste, parolier, essayiste… Vincent Ravalec est un conteur qui n’hésite pas à passer d’un moyen d’expression à un autre avec une facilité confondante. Né en 1962, cet autodidacte amoureux des mots multiplie les petits boulots avant de connaître rapidement le succès, grâce à Un pur moment de rock’n’roll (1992), recueil de nouvelles qui donnera cinq ans plus tard un film avec Samy Naceri et Vincent Elbaz, et Cantique de la racaille (1994), un premier roman caustique et largement autobiographique, qu’il porte lui-même à l’écran en 1998. Suivront aussi notamment en 2002 La Merveilleuse odyssée de l'idiot toboggan, ainsi que quelques expériences en réalité virtuelle. Mais il n’en délaisse pas pour autant l’écriture, puisqu’en plus de quelques recueils de courts récits (les deux volumes de Nouvelles du monde entier), il publie le rocambolesque Bonbon désespéré, et se lance dans deux sagas : Sainte-Croix les Vaches, hilarant portrait picaresque de dealers de weed à la campagne, et Sekt, l'origine du venin, sombre portrait de l’univers des sectes. Une œuvre à l’image de son auteur : insaisissable, inattendue et donc passionnante.

Les pommes d'Adam
(Adams Æbler)
Adams Æbler

Afin de finir sa réinsertion, Adam, un néo-nazi qui sort de prison, doit finir sa peine auprès d’un pasteur, aveuglé par sa foi et convaincu de la bonté de l’Homme, et qui s’est fait une spécialité dans l’accueil de repris de justice.

Vous croyez en Dieu ? Laissez tomber. Les pommes d'Adam sont faites pour vous. A l'issue de la projection vous saurez que Dieu n'existe pas.

Vous n'y croyez pas? Aucun problème. Précipitez vous sur Les Pommes d'Adam. Vous risquez de changer d'avis !

Vincent Ravalec

Jean Michel Roux 

Jean Michel Roux

Véritable autodidacte, cet amoureux de Philip K. Dick commence très jeune à réaliser des films et ce dès l’âge de 19 ans, où il signe Quartier Sauvage (1984), court-métrage mêlant fantastique et aventure. Suivront La Voix du désert (1987), film mystico-post apo avec Howard Vernon, Dominique Pinon et Catherine Frot, puis Trop près des dieux (1992), un bijou de science-fiction avec Tcheky Karyo, Richard Bohringer et Féodor Atkine qui lui servira de matrice pour son premier long-métrage. Ce sera les Milles merveilles de l’univers (1997), toujours avec Tcheky Karyo, Prix du meilleur film européen à la Mostra internationale de Rome. C’est aussi cette année-là qu’il se tourne vers le documentaire ésotérique, avec Elfland, qui s’intéresse aux elfes en Islande. Fasciné par ce pays et ses croyances, il y tournera Enquête sur le monde invisible (2002), puis Le Cœur de la terre et Les Mysteres du Snæfellsjökull (2009). L’année dernière, nous vous présentions L'Ange du Nord, un essai cinématographique assemblant confessions et visions symbolistes. Il prépare actuellement Crystal, un conte fantastique co-écrit avec Lucile Hadzihalilovic (Innocence, La Bouche de Jean-Pierre).

Amnesia
Amnesia

Afin de soigner des patients souffrant d’amnésie, le professeur Humlum décide de les amener au bord de la mer. En effet, découvrant que des rescapés de noyade ont vu défiler leur vie juste avant l’instant fatidique, il a l’idée de tenter l’expérience avec ses patients et ainsi peut-être de leur permettre de guérir.

AMNESIA  Malgré son titre, j'ai encore des souvenirs de ce court-métrage vu il y a... 30 ans et devenu invisible depuis. C'était avant le web. Le réalisateur malicieux explorait tellement bien ce genre hybride, le faux documentaire, que j'ai cru à la véracité de cette expérience scientifique. C'est troublant, ambigu avec une matière photographique bizarre liée à l'utilisation de vieux négatifs d'origine inconnue et périmés.

Jean-Michel Roux
Concrete night
(Betoniyö)
Betoniyö

Tandis que son grand frère Ilkka vit ses dernières heures de liberté avant d’être incarcéré pour purger une peine de prison, Simo, 14 ans, va subir la mauvaise influence de ce dernier et ainsi sceller son destin.

J'ai découvert, grâce à un DVD offert en Finlande, cette proposition inédite de cinéma. C'est un drame mystérieux dont nous n'avons pas tous les codes. Imaginons une fusion entre les premiers Visconti et LE PROCÈS de Welles. Le scénario est situé de nos jours dans la banlieue industrielle de Helsinki mais c'est comme un rêve intemporel et fascinant. Découvrir sur grand écran ce Graal cinématographique est aussi un rêve ! La photographie en noir et blanc est du niveau de RAGING BULL ou PERSONA par son inventivité sensorielle qui nous troue les yeux et perturbe nos références. Détail inhabituel : la réalisatrice a cosigné l'image avec le chef opérateur. À quand une rétrospective de Pirjo Honkasalo qui filme depuis 50 ans ?!

Jean-Michel Roux

Romain Slocombe 

Romain Slocombe

Féru de la Seconde Guerre Mondiale, amoureux du Japon et passionné de l’art du bondage, Romain Slocombe rejoint en 1974 le collectif d’artistes Bazooka, puis participe à la revue Métal Hurlant, pour laquelle il réalise des bandes dessinées et des illustrations. En 1983, c’est son premier roman Phuong-Dinh Express, qui sort aux Humanoïdes associés. La reconnaissance, il la trouve avec La Crucifixion en jaune, une saga romanesque en quatre opus consacrée au photographe Gilbert Woodbrooke. Suivront aussi la trilogie L’Océan de la stérilité, puis plus récemment les troublantes aventures de l’inspecteur Léon Sadorski, un inspecteur des Renseignements généraux sous l'Occupation aux méthodes radicales. Parallèlement à cette carrière littéraire maintes fois récompensée (Prix Mystère de la critique, Prix Arsène Lupin du meilleur roman policier), il expose régulièrement ses séries de photographies, telles Sugar babies ou Femmes de plâtre, et trouve même au milieu de toutes ces activités le temps de réaliser quelques courts et moyens-métrages (Un monde flottant, Week-end à Tokyo, Kinbaku, la forêt des arbres bleus).

La marque du tueur
(Koroshi no rakuin)
Koroshi no rakuin

Goro Hanada est classé numéro 3 dans la hiérarchie des assassins professionnels. Reconnu et prisé, il rate un contrat et se retrouve traqué par ses commanditaires, mais aussi par le mystérieux numéro 1, que personne n’a jamais vu.

Seijun Suzuki a été renvoyé de la Nikkatsu après la sortie de ce film, tellement les producteurs jugeaient son scénario « incompréhensible » et « non commercial ». Cette série ultraviolente de meurtres improbables entre yakuzas (dont un tué par balle à travers le siphon d’un lavabo !), sur fond de musique de jazz, m’a laissé un souvenir impérissable depuis sa première vision vers 1970.

Romain Slocombe

Pacôme Thiellement 

Pacôme Thiellement

Né en 1975, Pacôme Thiellement a débuté dans le monde du fanzinat, en fondant et dirigeant à l’âge de 13 ans Réciproquement, auquel participent notamment J.C. Menu, Placid, Muzo et Mattt Kontur, récompensé en 1991 du prestigieux Alph’art Fanzine à Angoulême. Parallèlement, il crée Vitrine, une maison de micro-édition, où il publie des auteurs alternatifs de renom tels Edika ou Gilbert Shelton. En 1998, il crée la revue Spectre, qui stoppera en 2002, année de la sortie de Poppermost, son premier ouvrage. Avec Thomas Bertay, il signe une sélection de 52 vidéos expérimentales regroupées sous le nom de Dispositif (deux épisodes furent d’ailleurs projetés ici-même il y a deux éditions). Suivront ensuite Rituel de Décapitation du Pape et Les Hommes qui Mangèrent la Montagne, les deux premiers chapitres d’une tétralogie appelée Stupor Mundi. En plus de ses ouvrages, qui mystifient la culture pop (Les Mêmes yeux que Lost, Pop Yoga, Cinema Hermetica) il participe à des revues et des magazines (Les Cahiers du cinéma, Rock & Folk, Chronic’art, Fluide Glacial) et intervient à la télé ou dans l’émission Mauvais Genres sur France Culture.

La petite fille au bout du chemin
(The little girl who lives down the lane)
The little girl who lives down the lane

Après la disparition mystérieuse de son père, la jeune Rynn, 13 ans, vit seule dans une grande maison et tente de dissimuler son absence. Mais Frank Hallet, le fils de la propriétaire de la maison, montre clairement de l’intérêt pour Rynn...

Long-métrage étrange adapté d’un court roman étrange, mélancolique et ensorcelé : quand on regarde La petite fille au bout du chemin, on ne sait pas si on voit un film d’apprentissage, un film d’horreur, un thriller, une amourette adolescente, un film féministe… On ne sait pas ce qu’on voit mais ça nous trouble profondément. Rynn, une fille de 13 ans (jouée par Jodie Foster) vit seule dans une grande maison. Son père est mort mais elle prétend qu’il est toujours en vie. Des gens essaient de lui nuire – en particulier Frank, le fils de la propriétaire (joué par Martin Sheen) et la propriétaire elle-même, Cora, dont elle décide de se débarrasser… Elle rencontre aussi un jeune magicien, Mario, qui veut lui venir en aide. La petite fille au bout du chemin n’est ni L’Attrape cœurs ni Carrie ni Sans famille mais le récit les croise tous et engendre, à son tour, sa propre empreinte et sa propre mythologie. Le genre de film dont on reparle quinze ans plus tard sans avoir encore compris ce qu’il voulait dire.

Pacôme Thiellement

Winshluss 

Encore adolescent, Vincent Paronnaud, alias Winschluss, rencontre Cizo, qui devient non seulement son ami mais aussi son compère dans la création. Avec ce dernier, puis en solo, il devient un habitué des revues de bédé telles Jade, Comix 2000 et tant d’autres. Déjà, son style iconoclaste vient égratigner les grandes figures culturelles de la bande dessinée américaine. Sa cible préférée : l’imagerie disneyenne, qu’il se plaît à tordre avec une ironie géniale. Ce sera le cas dès 1999 avec Super negra, ou encore les cultissimes Monsieur Ferraille et Pinocchio. Bien connu des adeptes des Requins Marteaux, qu’il rejoint début 2000, il participe à la revue Ferraille Illustré et le Supermarché Ferraille. Dès 2003, il passe avec Cizo à la réalisation de courts-métrages avec Raging Blues, O’boy, What nice legs ! ainsi qu’Hollywood superstars avec Mr Ferraille, un mockumentaire à la (fausse) gloire de son anti-héros. En 2007, il co-réalisera avec Marjane Satrapi Persépolis, puis en 2011 Poulet aux prunes. En 2009, il réalise l’hilarant Villemolle 81, puis en 2014, Il était une fois l'huile fait le tour des festivals. Depuis il multiplie les projets tels Smart Monkey et La Mort, père et fils.

King Kong
King Kong

Le metteur en scène Carl Denham se rend à Skull Island avec une équipe de tournage pour réaliser un film ayant pour cadre les tribus indigènes et leurs rites ancestraux. Mais l’actrice principale se fait enlever par une créature géante. L’équipe de tournage part à sa poursuite au fin fond d’une jungle sauvage.

NI DIEU NI MAÎTRE...
JUSTE LE DIEU KONG!

Je dois avoir 12 ans quand je découvre le King Kong de 1933...
À l'époque j ai pris l'habitude de me lever en douce pour regarder le «ciné-club».
Mes parents dorment dans la chambre à côté alors je mets le son au minimum...
Chaque dimanche soir j'avale les classiques du 7eme art avec le même plaisir coupable que l'on peut avoir en matant du porno.

J'habite dans une petite cité de province.
Cet endroit sans âme a pour unique fonction de vous rendre mauvais ou dépressif.
J'ai déjà dans ma bouche d'enfant le goût métallique de l'ennui et de la défaite... quel monde de merde!

Puis soudain les tambours raisonnent, les arbres tombent au loin dans un craquement sinistre, la belle blonde dénudée hurle de terreur... le sol tremble...c'est le King en personne qui surgit dans le salon de mes parents... et je peux vous dire qu'il envoie du lourd le géant poilu! K.K. C'est avant tout une construction dramatique étonnante.
Le film débute comme un drame social, puis bascule dans le récit d'aventures, puis dérive vers le fantastique pour terminer enfin en mélodrame zoophile....
Beauté, poésie, violence, invention, rythme.
Tout est là (un peu comme dans "La nuit du chasseur", dans un autre registre).

En tout cas, ce dimanche soir, il y a longtemps, la graine Kong fut semé dans ma cervelle pas tout à fait terminée...
Je le savais en allant me coucher, le singe géant était dorénavant à mes côtés.
Ensemble nous allions détruire ces putains d'immeubles qui me foutaient le cafard...

Et partir très loin.

Winshluss
La septième obsession Agnès b. Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Île de France Lobster films VDM: Video Digital Multimedia Canal+ ScreenAnarchy Première La Spirale Ville de Paris Chaos Reign Geek le mag Nova, le grand mix