Model shop

Poster Model shop

Los Angeles, 1968. Sur le point de partir au Vietnam, George, un jeune homme fauché, a vingt-quatre heures pour trouver 100 dollars afin de conserver son unique bien, une voiture de sport. Il rencontre Lola, une jeune femme qui pose pour des photos sexy dans un Model Shop et en tombe amoureux.

En plein mai 68, Jacques Demy file aux USA pour accepter la commande de la Columbia, mais au lieu de la comédie musicale hollywoodienne attendue, il livre un poème désespéré sur les amours perdus, une jeunesse hantée par la mort, et le refuge dans le fantasme. Ce qui aurait pu n’être qu’un « Lola à Los Angeles » (Anouk Aimée y reprend son rôle 10 ans après) devient l’instantané d’une époque, une balade désenchantée de vingt-quatre heures qui vous serre le cœur. Échec commercial mondial, voici pourtant le film le plus antonionien de Demy, son chef-d’œuvre caché.

Model shop.

1969
Couleur - 93mn - VOSTF
France / États-Unis.
Drame.
Réalisation: Jacques Demy.
Production: Jacques Demy.
Scénario: Jacques Demy.
Montage: Walter Thompson.
Photographie: Michel Hugo.
Musique: Spirit.
Avec: Anouk Aimée, Gary Lockwood, Alexandra Hay, Carol Cole.
Pierre Bordage

Je ne connaissais de Jacques Demy que ses grands succès musicaux, puis on m’a commandé un travail pour un spectacle sur le cinéaste nantais, qui m’a contraint à revoir toute sa filmographie, et donc à découvrir ses premiers cours-métrages et ses films les moins connus. Model Shop (1968) fait partie de ceux-là. On le présente comme son film américain, mais, de toutes ses œuvres, il est sans doute celui qui a été le plus influencé par la Nouvelle Vague. Un scénario minimaliste, l’errance de deux personnages dans les rues de Los Angeles, une rencontre à peine esquissée entre Lola (Anouk Aimée, personnage que Demy a déjà mis en scène dans le film éponyme Lola (1961) et Georges (Gary Lockwood) qui va bientôt partir au Vietnam. Les rêves de l’une dans Lola (retrouver Michel) se sont (mal) réalisés, elle veut rentrer à Paris et pose pour des photos de charme afin de se payer le voyage du retour ; l’autre perd à la fois sa petite amie et sa voiture, et voit se profiler la perspective sinistre du Vietnam. Les deux trajectoires vont s’effleurer sans vraiment se croiser. On se parle par objectifs interposés, on se donne l’illusion du désir, on poursuit l’éphémère, l’inaccessible, dans cette ville tentaculaire où règne la trompeuse euphorie de la fin des années 60 et où, déjà, la parenthèse enchantée se referme, où déjà s’étend l’ombre de la désillusion, et la mélancolie qui en découle. Un film sur la vacance, finalement. Par ailleurs, le projet Jacques Demy et son œuvre pour lequel je travaillais n’a jamais vu le jour.

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