Nés à Philadelphie, Etats-Unis, en 1947, Stephen et Timothy Quay sont jumeaux. Après avoir étudié au Beaux-arts de Philadelphie, ils émigrent à Londres, à la fin des années 70, où ils intègrent le Royal College of Art. En 1980, ils fondent leur propre studio, Koninck, avec le producteur Keith Griffiths. Ils y ont réalisé tous leurs travaux, courts métrages (dont Le Cabinet de Jan Svankmajer), films d'art, documentaires, jingles visuels et clips expérimentaux (pour Peter Gabriel, notamment, dont ils ont illustré Sledgehammer). Ils ont également réalisé des décors de théâtre et d'opéra pour les spectacles mis en scène par Robert Jones, parmi lesquels L'Amour des trois oranges de Prokofiev ou La Puce à l'oreille de Feydeau. Leur univers, baroque, raffiné, poétique, parfois d'une opacité déconcertante, parfois d'une évidence lumineuse, doit tout autant à des influences diverses dans l'univers de la littérature, du cinéma traditionnel (Tarkovski, Bergman, Dreyer), des animateurs d'Europe centrale comme Jiri Trnka ou Jan Svankmajer, qu'à une forte personnalité évidemment bicéphale. Avec les studios Aardman (les créateurs de Wallace et Gromit), les frères Quay sont les grands représentants de l'animation anglaise. En 1995, il réalise leur premier long métrage, Institut Benjamenta, qui mélange animation et personnages réels.

Filmographie



Stephen & Timothy Quay par eux-mêmes

 

TECHNIQUES.
» Nous n'avons pas "d'équipe" à nos côtés comme certains studios d'animation qui travaillent à sept ou huit. Nous pensons qu'il est beaucoup plus simple de travailler tous les deux pour des raisons de temps et d'idées. Nous pouvons ainsi prendre la décision de tout démonter pour refaire un plan.
» Nous pratiquons surtout la récupération. Des jouets laissés dans les poubelles ou des éléments trouvés sur les marchés. Notre approche est ainsi beaucoup plus réaliste, presque humaine.

INFLUENCES.
» Tout d'abord Tarkovski, pour sa poésie. Mais aussi Bergman et son Persona, Paradjanov, Dovjenko, Franju... Ce sont tous des poètes qui ont ce sens du langage des images qu'on retrouve dans l'animation, et pour qui le scénario n'est pas la clé de voûte d'un film.
» La scène des funérailles dans Institut Benjamenta, c'est un clin d'oeil à Ordet de Carl Theodor Dreyer, mais aussi à Goto, l'île d'Amour de Walerian Borowczyk. Tout comme ce dernier, nous avons commencé par des oeuvres d'animation.

MACHINES.
» Nous avons une fascination pour les machineries fabuleuses. Tous ces appareils incroyables - poulies, treuils - sortis de l'imaginaire de créateurs utopistes. A l'exemple de ces machines virtuelles décrites par Raymond Roussel dans Locus Solus. D'ailleurs, nous rattachons notre travail à la tradition des automates, et l'animation nous a, pour ainsi dire, permis de refaire fonctionner leurs rouages. Nous avons d'ailleurs l'intention de nous inspirer du livre de cet ouvrage de Roussel pour l'un de nos prochains films.
Nous voudrions également tourner un film tiré des écrits de l'écrivain E.T.A Hoffmann. Les croquis sont prêts, et une bonne partie du scénario est déjà rédigée.


Stephen & Timothy Quay par eux-mêmes



INSTITUT BENJAMENTA.
» Après la réalisation de La Rue des crocodiles, nos producteurs nous ont demandé si nous étions prêts à adapter un autre bouquin. Nous avons tout de suite proposé la nouvelle du Suisse Robert Walser, Jacob von Guten. D'emblée, on a compris que le film ne pourrait être réalisé qu'en images réelles - le faire en animation aurait en effet nécessité des années de travail. Une perspective qui nous a quelque peu paniqués, car nous nous sommes rendus compte que nous faisions totalement corps avec le monde de l'animation, son atmosphère très énigmatique et son sens de la plastique complètement symbolique. Finalement, nous n'avons pas changé notre manière de penser, et nous avons dirigé nos acteurs comme des marionnettes. A l'exemple des masques de poupées, leurs lèvres devaient rester closes et leur jeu devait seulement reposer sur la gestuelle et le scintillement des pupilles. Il fallait qu'ils se rapprochent du langage du ballet plutôt que de celui du cinéma.




Le Cabinet de Jan Svankmajer

de Stephen et Timothy Quay - 1984 - Grande-Bretagne - 14' - Couleurs

Portrait de Jan Svankmajer, un des maîtres de l'animation d'Europe centrale, le représentant au travail et analysant son art sans avoir recours à aucune abstraction visuelle.

Cet innommable petit balai

de Stephen et Timothy Quay - 1985 - Grande-Bretagne - Animation - 11' - N&B

Un conte macabre mettant en scène de façon théâtrale des mannequins grotesques et des machines vindicatives. Articulation autour de l'univers horrifique des contes de fées.

Le Peigne

de Stephen et Timothy Quay - 1990 - Grande-Bretagne - Animation - 18' - N&B

Dans cet hommage à l'écrivain suisse Robert Walser, le sommeil d'une belle endormie est perturbé par une présence maléfique et une autre, beaucoup plus séduisante.

Répétitions pour des corps éteints

de Stephen et Timothy Quay - 1989 - Grande-Bretagne - Animation - 14' - Couleurs

Un séducteur d'un genre tout particulier empêche les intrus de pénétrer chez lui. Inspiré d'une gravure dans laquelle on voit Fragonard peindre Le Verrou.

La Rue des crocodiles

de Stephen et Timothy Quay - 1986 - Grande-Bretagne - Animation - 20' - Couleurs

Une nouvelle incursion des frères Quay dans le monde surréel d'Europe centrale. Narration fragmentée et répétitive pour explorer un monde fait de frustration et de compulsion. Adaptée d'une nouvelle de l'écrivain tchèque Bruno Schulz, la musique y joue un rôle fondamental.

Stille Nacht

de Stephen et Timothy Quay - 1988/93 - Grande-Bretagne - Animation - 13' - N&B

Stille Nacht est constitué de quatre volets. Le premier est un jingle pour MTV, le second est un clip, intitulé Are we still married, pour la formation musicale britannique, His name is alive, le troisième, un court métrage (Tales from Vienna Woods) et le dernier en date, un autre clip pour His name is alive, intitulé Can't go wrong without you.


 

INSTITUT BENJAMENTA

de Stephen et Timothy Quay - 1995 - Grande-Bretagne - Conte


Venu étudier à l'Institut Benjamenta, une école pour domestiques, Jakob Von Gunten découvre un monde de signes, de détails, de gestes mécaniques, une chorégraphie de l'ordre et de la servitude.

Adapté de l'écrivain suisse Robert Walser, en qui Franz Kafka disait avoir trouvé un maître, Institut Benjamenta, sous-titré " Ce rêve que les gens appellent la vie ", constitue la première incursion dans le monde des images réelles de Stephen et Timothy Quay. Un envoûtement permanent, dans un climat totalement onirique, qui évoque à de nombreuses reprises certains films muets tels Les Deux orphelines de David Wark Griffith.

The Institute Benjamenta. Avec: Mark Rilance, Alice Krige, Gottfried John, Daniel Smith. Prod: Keith Griffiths, Janine Marmot, Karl Baumgartner, Tatsue Tomiyama. Scn: Alan Passes, Brothers Quay. Photo: Nic Knowland. Direction artistique: Jennifer Kernke. Mont: Larry Sider. Mus: Lech Jankowski. Durée: 1h45. N&B.

 

1979
Nocturna Artificiala
1981
Einbrudermord
1982
Igor - The Paris Tears chez Pleyel
1983
Leos Janacek : Intimate Excursions
1984
Le Cabinet de Jan Svankmajer (The Cabinet of Jan Svankmajer)
1985
Cet innommable petit balai (This unnameable little Broom)
1986
La Rue des crocodiles (Street of Crocodiles)
1987
Répétition pour des corps éteints (Rehearsals for Extinct Anatomies)
1988
Stille Nacht
1989
Ex-voto/The Pond
1990
Le Peigne (The Comb/From the Museums of Sleep)
1991
De artificialis perspectiva (Anamorphosis)
The Calligrapher (Part I.II.III)
Stille Nacht II (Are we still married)
1992
Stille Nacht III (Tales from Vienna Woods)
1993
Stille nacht IV (Can't go wrong without you)

1995
Institut Benjamenta
 
1999
In Absentia


Ouverture / Index des films