EDITO

 

Au journaliste qui lui pose la question : «Pourquoi, sur votre chaîne de télévision, ne montrez-vous que des images interdites?» (sous entendu «et scandaleuses»), Max Renn, le personnage central de Vidéodrome de David Cronenberg, répond: «Nous sommes petits et si nous voulons survivre, nous devons montrer des images qu'on ne voit pas ailleurs.»

C'est aussi notre cas à L'Etrange Festival. Si nous sommes encore un "petit" festival par l'ampleur de nos moyens, nous arrivons à "survivre" parce que nous présentons des films qu'on ne voit pas ailleurs, des films dérangeants, parfois scandaleux, mais jamais racoleurs. Et c'est probablement pour toutes ces raisons que L'Etrange Festival - qui franchit cette année le cap symbolique de la cinquième édition - compte, d'année en année, de nouveaux adeptes.

Des images qu'on ne voit pas ailleurs, l'édition 1997 de L'Etrange Festival en regorge d'autant plus que la plupart des films que nous présentons (85% environ) sont inédits. Fruit de recherches dans les festivals du monde entier, mais surtout d'une curiosité doublée d'une certaine exigence cinéphilique, la nouvelle édition de L'Etrange Festival est une fois encore une invitation au voyage. Un voyage dans des univers qui, de la noirceur la plus profonde à l'humour le plus décapant, raconte une société qui se maudit ou qui se cherche, en quête d'éventuelles nouvelles valeurs.

C'est à cela que renvoie notamment la programmation Apocalypse Culture, variation autour des psychoses contemporaines, des peurs "fin de siècle", selon l'expression consacrée.
C'est à cela que renvoie également la programmation Femmes Criminelles (chapitre 2), héroïnes tragiques d'un monde qu'elles voudraient dominer mais qu'elles finissent toujours par détruire.
C'est à cela que renvoie encore la programmation Satan Superstar où on verra que, de l'imagerie la plus fantaisiste à la réalité la plus inquiétante, le Diable est toujours au plus près des corps.

A ces cycles viennent s'ajouter des nuits à thème, pour cinéphiles noctambules et aventureux. De la Nuit Trash (le mauvais goût dans tous ses états) à la Nuit Blaxploitation (hommage à la version Technicolor, populaire et musclée de la "black attitude"), en passant par la Nuit Gay (tour d'horizon des plus insolites délires homosexuels de l'année) et la Nuit Maniaques (plongée sans fin dans l'univers des psychopathes meurtriers), tous les goûts sont dans la nature de L'Etrange Festival.

Quant aux hommages, ils dessinent une carte mondiale de l'étrange qu'il s'agisse de cinéastes aussi divers que le Japonais Hideo Gosha (après Seijun Suzuki l'an dernier), maître absolu du chambara (le film de sabre); de l'Américain Jack Hill, réalisateur de séries B cultes admirées par Quentin Tarantino; et enfin du Tchèque Juraj Herz, dont on connaît ici l'étonnant Incinérateur de cadavres et dont on va découvrir quelques autres perles comme sa version de La Belle et la Bête qui n'a rien à envier à celle de Cocteau.

«Si le cinéma n'est pas fait pour traduire les rêves, ou tout ce qui, dans la vie éveillée s'apparente au domaine des rêves, le cinéma n'existe pas». Oui, Monsieur Artaud, le cinéma existe, L'Etrange Festival l'a rêvé.

L'équipe de L'Etrange Festival


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