
Jack Hill a grandi dans l'univers du cinéma. Son père était designer chez Disney et à la Warner Bros. Il a étudié le cinéma à UCLA, dans la même classe que Francis Coppola, et ils ont travaillé ensemble sur des films d'étudiants, avant de faire leur apprentissage avec Roger Corman en 1963 sur The Terror (co-réalisé par plusieurs autres cinéastes dont Monte Hellman et Jack Nicholson). Tandis que Coppola nourrit des projets de plus en plus ambitieux, Jack Hill se tourne définitivement vers la série B et réalise le cultissime Spider Baby. Tous ses films sont des petits budgets et tous (à l'exception de Switchblade Sisters) seront des succès, en particulier Coffy, la panthère noire de Harlem, The Big Doll House et Foxy Brown. Après Switchblade Sisters, Jack Hill abandonne le cinéma. Il s'adonne alors à la méditation avec sa femme Elke et écrit des romans. Il réalisera un nouveau film pour Roger Corman en 1983, Sorceress, mais retirera son nom du générique. Aujourd'hui, ses films sont considérés comme des classiques cultes. Avec les rétrospectives de son oeuvre organisées un peu partout, la carrière de Jack Hill semble relancée.
Sur «COFFY, LA PANTHÈRE NOIRE DE HARLEM»
» Larry Gordon, qui était en charge de la production
chez American International Pictures à l'époque,
me confia la commande suivante : «Ecrit une histoire
de vengeance dans laquelle une femme noire massacre dans la première
scène deux mecs». C'était tout !
J'ai tout de suite su que Pam Grier était la seule comédienne
capable d'affronter un rôle pareil. J'ai donc imposé
sa présence au générique. C'est elle d'ailleurs
qui m'a donné plein d'idées formidables sur les
armes que pouvaient utiliser les femmes (essentiellement les femmes
noires) à cette époque. Des armes qui n'ont rien
à voir, et le film le montre clairement, avec les "armes
du sexe faible" dont j'ai une fois entendu parler le politicien
Couve De Murville, dans un de ces moments de philosophie inspirée
typiquement français.
Coffy a été un des plus gros succès
de la vague blaxploitation. Un succès qui surprit
même le distributeur, étonné de voir que le
film attirait autant une audience "blanche" que l'audience
"noire" a priori gagnée d'avance. Si le film
a ouvert la porte du cinéma grand public aux personnages
"noirs", il a aussi précipité la fin d'un
genre magnifique plein de vigueur et de charmante insolence.
Sur «FOXY BROWN»
»Coffy, la panthère noire de Harlem avait
eu tellement de succès que A.I.P me demanda d'en faire
une suite, avec le même personnage de Flower-Child Coffin
alias Coffy. Comme c'est trop souvent le cas avec les suites,
le studio m'a laissé très peu de temps pour écrire
le scénario et m'a gratifié d'un budget encore plus
étriqué que celui de Coffy. La difficulté,
lorsque vous écrivez une suite, est que vous avez utilisé
toutes vos meilleures idées pour le film original et qu'il
ne vous reste en stock que les idées que vous aviez délaissées
ou, et c'était mon cas, les idées trop sulfureuses.
Le temps qui me séparait du tournage s'amenuisant à
vitesse grand V, je mis toutes celles restantes, sulfureuses ou
non, dans le scénario.
Mon nouveau script reprenait donc le même personnage et
était intitulé, Burn, Coffy, Burn. Mais,
juste avant le tournage, le département commercial d'A.I.P.
nous fit savoir que les suites ne marchaient plus. Ils décidèrent
du coup de retitrer le film Foxy Brown, et de rebaptiser
le personnage principal ainsi.
Pour certaines raisons évidentes, Foxy Brown n'est
pas un film dont je suis très fier. C'est un film qui m'embarrasse
même. Aussi est-ce avec un certain amusement que je constate
aujourd'hui qu'il est devenu un film culte pour les mêmes
raisons qui, pendant longtemps, ont fait que j'ai eu - et j'ai
encore - honte d'avoir été impliqué dans
cette aventure.
Sur «SPIDER BABY»
» Spider Baby est mon premier vrai long métrage,
et le seul film que j'ai fait qui n'ait pas été
une commande. On me demande souvent comment j'ai eu l'idée
d'un film aussi bizarre. En fait, ça m'est venu comme par
enchantement, à un des rares moments de ma carrière
où j'ai pu me livrer à une certaine autocritique.
J'ai eu beaucoup de chance de trouver des producteurs, suffisamment
audacieux (ou fous !), pour financer un tel film. Spider Baby
a été tourné en douze jours pour un coût
total de 65 000 dollars.
Encore aujourd'hui, Lon Chaney Jr reste, pour moi, le seul acteur
qui pouvait jouer le rôle de Bruno, le chauffeur. A cette
époque, Lon était amer, car son talent n'était
pas reconnu, selon lui, à sa juste valeur - c'était
aussi un alcoolique forcené. Aussi, quand il a lu ce script
qui lui offrait l'opportunité de faire sa première
comédie, il était tellement anxieux à l'idée
de ne pas y arriver qu'il s'est forcé à rester sobre
pendant les douze jours du tournage, s'autorisant juste une demie
bière l'après-midi. Malgré la pression, il
a donné ce que de nombreux observateurs considèrent
comme l'une des meilleures performances de sa carrière.
Je suis triste qu'il n'ait pas vécu suffisamment longtemps
pour apprécier l'accueil enthousiaste qui est fait, actuellement,
à ce petit film, et c'est en sa mémoire que j'aime
présenter Spider Baby à tous ses nouveaux
fans dans le monde.
Sur «SWITCHBLADE SISTERS»
» Quand mon distributeur de l'époque est venu me
voir avec l'idée de faire un film sur les gangs, nous sentions
tous les deux qu'un film réaliste sur le sujet avait toutes
les chances de toucher un vaste public, d'autant plus si nous
trouvions les belles blondes sexy qui pourraient séduire
le public de drive-in auquel ce film était destiné.
J'ai donc décidé d'en faire une fable violente un
tantinet futuriste dans lequel un gang de filles cassait du mec
et prenait le pouvoir dans les rues dans une ambiance à
la Orange mécanique. Comme je pensais aussi que
le jeu des acteurs, dans un film de cet ordre, devait être
presque opératique, j'ai encouragé les comédiens
à être libres et spontanés. Mais quand j'ai
vu le film fini pour la première fois devant des spectateurs,
j'ai eu le sentiment d'avoir tout fait de travers.
Il semble qu'on m'ait pardonné depuis. Les critiques que
je lis régulièrement sur le film clament en effet
que c'est une oeuvre post-moderne, un manifeste féministe
avant l'heure. J'ai aussi eu la surprise de voir récemment
que des cassettes du film avaient longtemps circulé avec
comme argument de vente : "film lesbien underground".»
Coffy, une jeune infirmière noire dont la soeur est morte d'une overdose, a déclaré la guerre aux trafiquants de drogue. Elle est amoureuse de Brunswick, politicien noir qui milite pour ses frères de race tout en participant, clandestinement, au trafic de drogue avec un gangster blanc, Vitroni.
Découverte en 1971 dans The Big Doll House, déjà signé Jack Hill, Pam Grier incarne, mieux que toute autre comédienne, le phénomène "blaxploitation". On l'a vue notamment dans The Big Bird Cage (Jack Hill, 1972), Hit Man (George Armitage, 1972), Black Mama, White Mama (Eddie Romero, 1972) ou encore Sheba, Baby (William Girdler, 1975). Mais c'est assurément Coffy, la panthère noire de Harlem qui a fait d'elle une des grandes stars des années 70. Son physique d'amazone et sa sensualité agressive ont séduit John Carpenter et Tim Burton, qui lui ont confié respectivement un rôle dans Los Angeles 2013 et Mars attacks !, mais c'est surtout Quentin Tarantino qui lui a rendu le plus vibrant hommage en lui offrant le rôle-titre de Jackie Brown.
Foxy Brown a des ennuis avec son frère Link, petit trafiquant de drogue. Avide, ce dernier va tendre un piège au petit ami de Foxy, Dalton Ford, membre de la brigade des stupéfiants. Abattu devant ses yeux, Foxy enquête sur cet assassinat, et découvre que son boyfriend a été la cible d'un groupe mafieux, spécialisé dans le trafic de drogue et les call girls et dirigé d'une main de fer par une certaine Miss Katherine.
Foxy Brown, film de vengeance tout entier dédié à la rage sensuelle de Pam Grier, est également interprété par Antonio Fargas (Huggy- les-bons-tuyaux dans la série télé Starsky et Hutch) et se permet d'intégrer la nouvelle donne politique des années 60 à travers le comité de défense du quartier, un groupuscule de Black Panthers.
Bruno (Lon Chaney Jr), chauffeur dévoué, veille sur la famille Merrye, une bande de dégénérés cannibales. Tous les membres de la famille, qu'il s'agisse de Virginia, et sa phobie des araignées, d'Elizabeth, la sale gosse, ou de Ralph, un homme avec un esprit d'enfant, sans compter quelques oncles et tantes séquestrés dans la cave, sont atteints d'une maladie dont ils sont les seuls victimes et qui les entraîne dans une voie de plus en plus régressive. Dans cette ambiance domestique pour le moins déliquescente, débarquent quelques autres membres de la famille accompagnés de leur avocat. La situation va très vite dégénérer.
Comédie macabre et subversive, Spider Baby reste, encore aujourd'hui, un film inclassable, à mi-chemin entre La Famille Addams et l'univers dérangeant des films de David Lynch. Connu également sous plusieurs autres titres (L'Orgie cannibale ou encore L'Histoire la plus folle jamais racontée), c'est un véritable blasphème cinématographique dont le contenu fait d'inceste, de meurtre, de bondage, de cannibalisme, de pédophilie et de viol en a fait l'un des Must culte de plusieurs générations de cinéfreaks.
Les "Dagger Debs", un gang de filles déchaînées, comptent une nouvelle recrue, Maggie. Lace, leader du gang, en fait d'abord son amie puis, petit à petit, commence à nourrir des doutes sur Maggie. Dominic, l'homme de Lace, lui-même chef des "Silver Daggers", semble en effet prendre Maggie un peu trop en affection. Afin de garder la maîtrise de son gang et sa mainmise sur Dominic, Lace décide de se débarrasser de Maggie.
Archétype du film de gang féminin , Switchblade Sisters est un des films fétiches de Quentin Tarantino qui, en 1996, l'a ressorti en salles avec sa société de distribution, Rolling Thunder. Violent, drôle et pimenté d'érotisme.