Né en 1934 à Kezmarok en Tchécoslovaquie, Juraj Herz étudie la photographie à Bratislava de 1950 à 1954, et la mise en scène de théâtre à Prague de 1954 à 1958. Metteur en scène et comédien au théâtre Semafor de Prague entre 1960 et 1961, il se fait ensuite engager aux studios Barrandov où il sera assistant-réalisateur. En 1965, il réalise son premier court métrage, Brutalités récupérées, et en 1966, son premier long, Le Signe du cancer. Depuis cette époque, Juraj Herz alterne films cinéma et téléfilms (il a notamment réalisé deux épisodes de Maigret). Parmi ses films les plus célèbres, citons : L'Incinérateur de cadavres (1969), Les Lampes à pétrole (1970), Morgiana (1971), La Belle et la Bête (1978), Le Neuvième coeur (1979). En 1996, il a effectué un retour remarqué avec Passage. La plupart de ses films ont été récompensés sur le plan international, de Monte Carlo à Chicago en passant par Sorrente. Juraj Herz vit en Allemagne depuis 1987.

Filmographie


Juraj Herz par Juraj Herz



Sur «LA BELLE ET LA BÊTE»
» Au départ, je ne voulais pas réaliser La Belle et la Bête car j'avais en mémoire le magnifique film de Jean Cocteau. Toutefois, je devais réaliser à la même époque un conte d'horreur fantastique très onéreux nécessitant la construction de nombreux décors. [Afin de rentabiliser son investissement], la direction du studio m'obligea donc à réaliser deux films dans ces mêmes décors. C'est en revoyant la version de Cocteau que j'ai su que je pouvais raconter l'histoire d'une toute autre manière. Et j'en ai eu confirmation lorsque le film obtint le Prix du Public au Festival du Film Fantastique de Paris.



Juraj Herz par Juraj Herz



Sur «L'INCINÉRATEUR DE CADAVRES»
»1968. L'année du Printemps de Prague. L'année de la liberté totale, la seule de notre histoire. J'ai eu la possibilité de tourner ce film comme je l'entendais. Aucune contrainte, pas même idéologique. J'avais en tête de tourner un thriller psychologique particulièrement noir, rien de plus. Lorsque les Soviétiques marchèrent sur Prague, le film n'était pas encore terminé. Et il devint alors d'une brûlante actualité. L'occupation soviétique permit aux Conformistes de revenir sur le devant de la scène... Et le film décrivait justement le comportement d'un Conformiste. Il fut aussitôt interdit. Seul Hollywood le nomma pour les Oscars.



Juraj Herz par Juraj Herz



Sur «MORGIANA»
» A l'origine, je voulais tourner un thriller, mais le scénario s'étant heurté à plusieurs interdictions successives, j'ai été contraint de renoncer à pas mal de choses. A l'issue de la première projection privée, les responsables des Studios Barrandov m'ont accusé d'avoir réalisé un film sado-masochiste, et ils m'ont sanctionné. Résultat : j'ai été interdit de tournage pendant deux ans. La situation s'aggrava encore lorsque Morgiana obtint le Hugo d'Or au Festival de Chicago, les "méchants" capitalistes confirmant avec ce prix le versant anti-socialiste du film. Tous les truquages ont été réalisés à la prise de vue.


Juraj Herz par Juraj Herz



Sur «PASSAGE»
» J'ai été tout de suite très intéressé par le roman de Karel Pecka. Rien ne m'avait autant inspiré depuis L'Incinérateur de cadavres. Je sentais, à travers son livre, qu'il pouvait y avoir des moments d'alternance entre réalisme et imaginaire. J'aime ce jeu entre le réel et la fiction, j'aime jouer avec cette dualité dans un film. J'aime qu'à la fin de l'histoire on se pose encore des questions. (...) Je ne pense pas que ce qu'on retienne de ce film soit : «L'homme a besoin d'une idéologie totalitaire, sinon il manque de repères.» Ce serait contre ma conviction, et ce serait alors une interprétation très subjective contre laquelle je m'opposerais de toutes mes forces. En ce qui concerne le destin, je ne peux pas compter avec. Je ne crois pas au destin. (...) Le spectateur peut interpréter le film comme il le ressent et comme il le désire. Je lui donne cette possibilité, comme je me la donne à moi-même.


Juraj Herz par Juraj Herz



Sur «LE SIGNE DU CANCER»
» Mon premier long métrage. Le film faillit être interdit à la fois à la demande du corps hospitalier et des médecins ­ à cause des révélations que le film faisait sur la gestion au quotidien des hôpitaux ­, mais aussi par les gardiens du régime ­ et de l'idéologie communiste. Pourtant l'époque était favorable à la critique sociale, c'était un an avant le Printemps de Prague. C'est un ami médecin, qui m'avait fait passer pour un de ses collègues, qui m'a permis de pénétrer dans les arcanes de cet hôpital qui servit plus tard de lieu principal au tournage. J'ai ainsi pu assister à nombre de réunions ainsi qu'aux visites des malades. C'est d'ailleurs certainement l'une des raisons qui ont ensuite poussé le corps médical à vouloir ma tête.



LA BELLE ET LA BÊTE

de Juraj Herz - 1978 - République Tchèque - Fantastique


Adapté du célèbre conte de Mme Leprince de Beaumont, qui inspira à Jean Cocteau l'un de ses plus beaux films, La Belle et la Bête, version Juraj Herz, n'a rien à envier à son homologue français. Contrairement au Jean Marais esthète et cultivé qu'on connaît, la Bête de Juraj Herz est un être sanguinaire se nourrissant de viande crue et de sang, croisement impressionnant entre l'homme et le faucon. Vivant dans un château en ruines inquiétant et glacial peuplé de petites créatures bizarres, la Bête se débat contre la malédiction qui lui a conféré deux personnalités, avant de retrouver, dans une scène de métamorphose superbe, apparence humaine.

Baroque et violent, troublant et inspiré, La Belle et la Bête a reçu de nombreux prix dont le Grand Prix du Public au Festival du Rex à Paris, de la réalisation à Sitges (Espagne) et le Grand Prix à Porto (Portugal).

Panna a netvor. Avec Zdena Studenkova, Valastimil Harapes, Jana Brejchova Prod : Czechoslovak Film Production Scn : Ota Hofman, d'après la pièce de Frantisek Rubin et le conte de Mme Leprince de Beaumont Durée: 1h30. Couleurs



L'INCINÉRATEUR DE CADAVRES

de Juraj Herz - 1968 - République Tchèque - Drame


Employé au four crématoire de Prague, Karl Kopfringl est un bon père, un bon mari et un bon employé. En un mot, il est heureux. Pour lui, le bonheur consiste à incinérer ou à être incinéré. Plus vite le corps est-il transformé en poussière, plus vite l'âme est libérée. Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre mondiale et l'Allemagne menace d'envahir la Tchécoslovaquie. Persuadé d'avoir du sang germanique, Kopfringl adhère aux thèses nazies et commence à mettre leurs mots d'ordre en pratique en tuant sa femme et ses enfants parce qu'ils ont du sang juif.

Bloqué par la censure tchèque pendant vingt ans («parce que je mettais un personnage conformiste au pilori, ce qui n'allait pas du tout avec l'esprit de l'époque», raconte Juraj Herz), L'Incinérateur de cadavres, achevé au lendemain du printemps de Prague, est une comédie d'humour noir extrêmement acide dont le personnage principal n'est pas sans rappeler le Monsieur Verdoux de Charlie Chaplin ou l'Archibald de la Cruz de Luis Buñuel. Dans des décors inquiétants, Juraj Herz laisse libre cours à son style pour le moins baroque (noir et blanc stylisé, visages déformés, montage heurté) qui rappelle certaines expérimentations du cinéma tchèque d'avant-garde.

Spalovac mrtvol. Avec Rudolf Hrusinsky, Vlasta Chramostova, Milos Vognic Prod : Ceskoslovenski Film Scn : Ladislav Fuks Photo : Stanislav Milota Mus: Zdenek Liska Durée : 1h40. N&B.



MORGIANA

de Juraj Herz - 1971 - République Tchèque - Drame


Klara et Viktorie sont deux soeurs. Mais autant Klara est belle et bonne, autant Viktorie est laide et méchante. A la mort de leur père, elles héritent toutes les deux d'une fortune égale. Le notaire Glenar et le lieutenant Marek briguent la main de Klara. Quant à Viktorie, elle reste seule avec son chat noir Morgiana, le seul être qu'elle aime. Confite de jalousie, elle entreprend de supprimer sa soeur à l'aide d'un poison.

Drame romantique en costumes, Morgiana est entièrement vu à travers le regard du chat qui donne son nom au film. Les deux soeurs sont interprétées par la même comédienne. Il s'agit en fait des deux faces antagonistes d'une même personne. Quand au côté danse macabre du film, il est accentuée par les déformations d'images et les couleurs qui se percutent sans cesse. Le film a obtenu l'Hugo d'Or au Festival de Chicago en 1971.

Avec Iva Janzurova, Josef Abrham, Petr Cepek Prod : Barrandov Film Studio Scn : Juraj Herz, Vladimir Bor, d'après Jessie et Morgiana de Alexandre Grin Photo : Jaroslav Kucera Mus : Lubos Fiser Durée : 1h40. Couleurs.

 

PASSAGE

de Juraj Herz - 1996 - France/Allemagne/République Tchèque - Fantastique


Michal Forman, 35 ans, fondé de pouvoir dans une banque, est coincé dans un embouteillage. La pluie est battante. Il décide de s'abriter à l'entrée d'une galerie marchande. Alors qu'il se décide à affronter les intempéries, un homme qui lui ressemble le bouscule, traverse la rue et se fait renverser par une voiture. Il a eu l'accident à sa place. Dès lors, Forman, prisonnier du passage, va s'égarer dans un labyrinthe de boutiques et de couloirs sans fin, avant de perdre progressivement, par une succession d'événements étranges, son identité.

Mêlant réalité et imaginaire, érotisme et mystère, Passage est une parabole sur la liberté individuelle et sur notre monde « plein de mensonges, de méchanceté, de stupidité et de violence dont nous sommes les responsables », souligne Juraj Herz. C'est aussi, et la première scène inspirée de Huit et demi en témoigne, un hommage lointain au cinéaste qu'admire le plus Juraj Herz, Federico Fellini.

Avec Jacek Borkowski, Zora Jandova, Malgorzata Kozuchowska Prod : Jan Bilek, Eve Vercel et Robert Nador, Patrick Quinet Scn : Christian Ruller d'après le roman de Karel Pecka Photo : Jiri Machane Mont : Jan Svoboda Mus : Zdenek Merta Durée : 1h38. Couleurs.

 

LE SIGNE DU CANCER

de Juraj Herz - 1966 - République Tchèque - Thriller


A la veille de rendre public un rapport sur ses recherches en matière de génétique, un moment qu'il attendait depuis des années, le Dr Hahn est assassiné de nuit dans un hôpital. Bien qu'un des patients de Hahn travaillait sur son thème astral (il est né sous le signe du cancer), le seul témoin oculaire éventuel, M. Zima, décède, lui aussi, de façon inattendue, et sans avoir pu révéler ce qu'il savait. Dans une atmosphère de suspicion, des indices apparaissent et disparaissent, rendant de plus en plus épais le mystère de la mort de Hahn.

Avec ce premier film, entièrement tourné dans les décors d'un hôpital, Juraj Herz faisait une entrée remarquée dans l'univers du cinéma tchèque. Un peu trop même au goût de certains. Le Signe du cancer faillit être en effet interdit par la censure.

Znameni raka. Avec Zora Bozinova, Zdenek Stepanek, Ilja Prachar Prod : Barrandov Film Studio Scn : Juraj Herz, Bedrich Batka d'après Le Dernier souper de Hana Belohradska Photo : Bedrich Batka Mus : Svatopluk Havelka Durée : 1h30. N&B.



 
 
1965
Sberne surovosti (Brutalités récupérées) (c.m.)
1966
Le Signe du cancer (Znameni raka)
Kulhavy Dabel (Le Diable boîteux)
1968
L'Incinérateur de cadavres (Spalovac Mrtvol)
1969
Sladke Hry Minuleho Neta (Mouchette)
1970
Les Lampes à pétrole (Petrolejove lampy)
1971
Morgiana (id.)
1974
Holky Z Porcelanu (Les Filles en porcelaine)
1975
Holka Za Nabit
1976
Den pro mou laskou (Un jour mon amour)
1977
Devatre srdce
1978
La Belle et la Bête (Panna a netvor)
1979
Le Neuvième coeur (Krehke Vztahy)
1980
Buldoci a tresne
1981
Upir Z Ferratu (Le Vampire de Ferat)
1982
Straka V Hrsti (Vous me la baillez bonne)
1983
Sladke Starosti (Doux soucis)
1984
Zastihla me noc (Je fus surprise par la nuit)
1985
Les Galoches du bonheur
1990
Le Roi des grenouilles
1992
Idiote Augustine
1993
Les Nouveaux vêtements de l'empereur
1996
Passage (id.)


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