
L'Etrange Festival, fier d'échapper aux règles,
affirme depuis sept ans maintenant ses partis pris. Et s'il creuse
davantage dans les sillons de «l'inavouable», c'est
dans un seul but: offrir. Offrir à voir et à décrypter.
En sept ans de programmation se sont déjà croisés
plus de quatre cents cinéastes, injustement oubliés
pour les uns, honteusement ignorés pour les autres, ou
n'ayant jamais eu les honneurs d'une distribution dans l'hexagone.
Plus d'un millier d'oeuvres ont été projetés,
et la plupart semblent mystérieusement avoir échappé
aux honneurs d'une distribution digne de ce nom... Cette septième
édition se devait donc de parfaire le défrichage
déjà accompli.
Toujours plus sain, toujours plus beau, toujours plus contagieux.
À l'heure des légumes transgéniques et du
viagra, il est amusant de constater qu'à travers l'histoire
la science a toujours cherché à dérégler
ce qu'elle tentait de maîtriser. C'est à cela que
renvoie la programmation Savant fous, une réunion
définitive de tous les agités en blouses blanches.
Lorsque l'amour de son prochain ne suffit plus à certains,
le réconfort est au fond de la niche, de la cage ou du
vivarium, c'est selon. La programmation Amour bestial jette
donc un regard sur un amour du troisième type.
«Il en est une autre, elle n'est pas forcément
celui que vous croyez !» De Krafft-Ebing à Ed
Wood en passant par Magnus Hierschfeld, l'hermaphrodisme ne cesse
de fasciner. Peut-être parce qu'il correspond à un
nirvana sexuel que beaucoup rêveraient d'atteindre. Sans
ambages et sans fausses pudeurs, la programmation Troisième
sexe propose un tour d'horizon au royaume du «transgenre».
De la Nuit Chambre des tortures, qui accueille pour la
deuxième année consécutive le performer américain
Ron Athey, grand maître es-martyre, à la Nuit
Hard Hong Kong et ses polars outrancièrement violents,
en passant par une Nuit Canal+ remplie de surprises et
d'avant-premières, les plus aguerris de nos spectateurs
seront, cette année encore, comblés.
Une édition de L'Étrange Festival ne saurait être
complète sans ses hommages. En cette année de pré-millénium,
la découverte de l'oeuvre du Japonais surdoué Shinya
Tsukamoto tombe à point nommé. Avec une poignée
de films d'une grande modernité, il est en passe de révolutionner
le cinéma nippon.
Star incontestée au Brésil, sous les traits du mystérieux
Jo du Cercueil (Zé do Caixão), José Mojica
Marins reste cependant un inconnu total sur le vieux continent.
Sa filmographie, mélange de sorcellerie macabre saupoudrée
d'érotomanie, en fait l'un des cinéastes les plus
importants du «cinema nuovo». Une révélation.
Enfin, c'est avec une grande fierté que nous vous présentons
l'oeuvre intégrale (visible) d'un des grands oubliés
de l'histoire du cinéma. En effet, si Charlie Chaplin et
Buster Keaton ont révolutionné la comédie,
Charley Bowers a inventé le burlesque, et son univers décalé
a rendu pâle de jalousie André Breton et le mouvement
surréaliste, alors qu'ils ne virent que deux de ses films.
«Le cinéma est mort !». Non Monsieur
Godard, il bande encore !
L'Etrange Festival