
Alors que la défaite s'annonce irrémédiable,
une unité, spécialisée dans les expérimentations
chimiques et bactériologiques, est chargée par l'Empereur
de créer de nouvelles armes capables de renverser le cours
de la Seconde Guerre mondiale. Le camp 731, au Nord-Ouest de la
Chine, sert alors de vivier de "cobayes humains". Près
de 3000 Chinois et Coréens y périront sous la férule
du sinistre Lieutenant Général Shiro Ishii.
«Personne ne voulait croire que le Japon ait pu commettre
de telles atrocités» explique T.F. Mou, «jusqu'à
ce que, lors d'une projection du film dans une université,
un ancien soldat japonais, présent au camp durant la guerre,
ne confesse que : "la réalité était
plus terrible encore"» Il aura fallu près
de cinq ans à T. F. Mou pour accumuler documents (les dossiers
classés top secret par les Américains), archives
(rapportées par les Russes après la découverte
du camp) et témoignages sur un des drames oubliés
de la Seconde Guerre mondiale. Torture, mutilation, autopsie sur
des êtres encore vivants, Camp 731 n'hésite
pas à montrer l'abjection de la manière la plus
détaillée et clinique qui soit. À noter que
les expériences sur la résistance au froid furent
menées par le docteur Hisato Yoshimura, envoyé au
camp 731 par l'Université de Kyoto, et nommé, après
la guerre, Président du Collège de Médecine
de la Préfecture de Kyoto ! Le Général Ishii,
quant à lui, a été "acheté"
par les Américains et envoyé en Corée, vraisemblablement
pour faire partager son sinistre savoir sur les armes bactériologiques.

Sombrant dans la folie et l'obsession sexuelle, le baron Frankenstein
vit dans l'espoir de créer un jour un être idéal,
rejeton aryen né de son couple de monstres fabriqués
à l'aide de morceaux de cadavres et ramenés à
la vie grâce à la science. Son délire démiurge
provoquera irrémédiablement sa perte.
Dans la foulée de son Du Sang pour Dracula (1973),
vision softporn-gore du roman de Bram Stoker, Paul Morrissey réitère
dans l'adaptation subversive des grands mythes de l'horreur. Cette
fois-ci, c'est le monstre pathétique et multi-cicatrisé,
imaginé par Mary Shelley et immortalisé par Boris
Karloff,qui passe à la moulinette du réalisateur.
Le baron humaniste devient ici un Mengele tendance XIXe siècle,
sa créature, un bellâtre priapique, et sa Lady Frankenstein,
une blonde sexy et nymphomane. Un cocktail gorissime dans sa vesion
relief, teintée d'érotisme hautement seventies et
d'un humour noir souvent inattendu. C'est Udo Kier qui incarne
le chercheur, tandis que Joe Dallesandro, icône gay des
films de Warhol, tient le rôle d'un serviteur.
Bien étrange passe-temps que celui pratiqué par
Sir Hugo Cunningham : à ses heures perdues, il photographie
les morts. Un jour, ce philanthrope croit être parvenu à
capturer ce que les Grecs appelaient l'«Asphyx» :
l'esprit de la mort. Au fur et à mesure de ses tentatives
pour mieux saisir l'instant où cette entité sort
du corps des défunts, il découvre le secret de l'immortalité.
Cette révélation met en péril son entourage...
Considéré par la critique comme un des meilleurs
films fantastiques des années 70, L'Esprit de la mort
rappelle la grande époque des productions Hammer. Respectant
les canons de l'horreur gothique, servi par l'admirable photographie
de Freddie Young, le film de Peter Newbrook dénote par
sa modération à effrayer, au sens strict, le spectateur.
Ici, c'est l'ambition du sujet qui prime et une poésie
macabre pour le moins singulière. Une oeuvre saisissante
qui ne trouva pas les faveurs du public au moment de sa sortie.
Avec Robert Powell, aussi à l'aise chez Liliana Cavani
(Au-delà du bien et du mal) que chez Ken Russell
(Mahler) ou Simon Wincer (Harlequin).

Insatiable cochonne, la fille de l'éminent Dr Frankenstein
créée un monstre capable de satisfaire sa nymphomanie
chronique et son ego surdimensionné de chercheuse. Elle
périra lors d'un ultime coït avec sa créature.
«Seul le monstre qu'elle a créé peut satisfaire
ses étranges désirs» annoncait la publicité
de l'époque. Délicieuse alchimie de kitsch et de
porno soft, Lady Frankestein, cette obsédée sexuelle
compte aussi parmi ses atouts une distribution des plus hétéroclites
qui va de Joseph Cotten (Citizen Kane) en illustre Dr Frankenstein
à l'émoustillante Sara Bay, alias Rosalba Neri,
figure météorique du cinéma sexy transalpin
!
Une étrange entreprise propose à des hommes ayant
atteint la cinquantaine, et fatigués de leur quotidien,
de changer leur vie du tout au tout. Pour ce faire, ils doivent
signer un testament. Cet engagement pris, une opération
de chirurgie esthétique les rajeunit radicalement tandis
qu'un cadavre ressemblant est rapidement retrouvé dans
un accident. Wilson change ainsi d'existence, quitte sa famille
qui le croit mort, et s'installe comme peintre en Californie.
Mais lorsque lui vient l'envie de revoir son épouse, celui-ci
réalise très vite dans quel terrifiant engrenage
il est tombé, malgré lui.
Opération Diabolique, c'est le mythe de Faust revu
et corrigé dans l'Amérique du grand boom économique.
John Randolph incarne le quinquagénaire en quête
d'un nouvel essor, et le sémillant Rock Hudson, son double
rajeuni. Un film hallucinant et injustement méconnu dans
la carrière du réalisateur de Grand Prix
et French Connection II.

Dans un bunker isolé, des scientifiques se livrent à
de biens étranges expériences. Ils tentent de créer
une nouvelle race de sur-hommes en croisant les cellules d'un
être humain avec celles d'un arbre. Après des échecs
successifs, ils perdront la raison et deviendront de véritables
machines à tuer.
Aux antipodes du réalisme socialiste, Yevgeni Yufit reste
l'unique représentant d'un courant notoirement nihiliste
baptisé par son créateur : «Necro-réalisme».
Une conception du cinéma qui se veut en total synchronisme
avec les préoccupations de son époque : la fin de
l'ère soviétique, l'écologie, la lutte pour
la survie. Quintessence de ce courant, Les Sur-hommes est
un film à la fois oppressant et méditatif, délirant
et chargé d'érotisme. Une expérience cinématographique
singulière et rare.