
Né en 1960 à Tokyo. Dès l'âge de quatorze ans, il commence à tourner ses premiers films en 8mm. Après des études en art et un début de carrière comme directeur d'une boîte de production de pubs, Shinya Tsukamoto, metteur en scène, producteur, scénariste et écrivain, fonde le Théâtre Kaiju («le théâtre des monstres de la mer»), en 1986. Trois de ses productions y seront montées. Après un passage par le court métrage, il réalise, en 1989, Tetsuo : The Iron Man, l'histoire d'un businessman nippon qui se transforme en créature mi-homme mi-métal. Le film acquiert très rapidement le statut d'oeuvre culte à l'échelon international. Plus «commercial» que le premier opus, mais tout aussi réussi, Tetsuo II (1991) rafle plusieurs prix dans les festivals du monde entier. Mais c'est Tokyo Fist (1995), son quatrième film, une histoire de triangle amoureux sur fond de sado-masochisme et de piercing, qui l'installe définitivement sur la planète des "wonder boys". Bullet Ballet (1998), dont il tient le rôle principal, celui d'un producteur de télé ravagé par le suicide de sa fiancée, a été présenté au Festival de Toronto. Quant à Gemini, son dernier projet en date, il raconte l'histoire de deux frères jumeaux dont l'un ne pense qu'à se venger. A noter que Tsukamoto n'a réalisé qu'un seul film de studio à ce jour, Hiruko, the Goblin.
Sur «BULLET BALLET»
» Au départ, je me suis intéressé à
ces jeunes glandeurs de Shibuya (quartier jeune et commerçant
de Tokyo) que l'on appelle «chima» et qui font la
chasse aux salary-men. Au début du phénomène,
ces groupes étaient constitués de délinquants
; aujourd'hui, on y trouve aussi des jeunes gens dits "normaux".
C'est cela qui m'a intéressé, le fait que des gens
normaux puissent agir, tout à coup, comme des voyous. Nous
parlons, bien sûr, de l'ambivalence de l'homme, de son côté
ordinaire et de son côté violent. Aujourd'hui, plus
que jamais, cette ambivalence est incarnée par les enfants.
Dans un reportage sur les «chima», une chose m'a frappé
: un jeune mettait sur le même plan son projet de devenir
avocat et son plaisir à frapper un vieux... Pour Bullet
Ballet, comme pour chacun de mes films, j'ai choisi un motif.
Dans Tetsuo, c'était le fer. Dans Tokyo Fist,
la boxe. J'aime bien avoir recours à un motif récurrent,
il me permet toujours de dépasser l'imagination, d'offrir
une autre dimension à l'histoire. Cette fois, j'ai donc
choisi le revolver.
Sur «HIRUKO, THE GOBLIN»
» Une commande. Mon premier film commercial. Il est inspiré
d'une bande dessinée japonaise. C'est un film fantastique
de texture plus classique, mais que j'ai tenté de ramener
à mon propre univers (à travers les mutations, la
façon de filmer). On m'a dit que certains plans du film
ressemblaient à ceux d'Evil Dead. Je m'en suis rendu
compte plus tard, puisque je n'ai vu Evil Dead qu'après
avoir tourné le film. Sam Raimi et moi avons les mêmes
racines, et cette correspondance existe. J'ai voulu entraîner
les spectateurs dans des montagnes russes !
Sur «TETSUO II : THE BODY HAMMER»
» Quand j'ai tourné Tetsuo II, ma démarche
étant encore plus pure que dans Tetsuo. J'avais
profondément envie de m'exprimer ainsi, avec un érotisme
plus direct et une violence plus radicale. L'homme de fer déteste
le monde entier, ce qui n'est tout de même pas mon cas.
Mais le film montre mes propres obsessions. Je mêle douleur
et plaisir dans un acte violent mais consenti, qui s'affirme finalement
comme un acte d'amour. Avec Tetsuo II, j'ai essayé
d'élargir mon public. J'avais certes un budget six fois
plus important que pour le premier, mais au Japon ce budget n'équivaut
qu'à celui d'un film destiné à la vidéo.
Sur «TOKYO FIST»
» Takuji est en pleine possession des moyens de son corps.
Devant la vision de son torse nu, le couple prend conscience de
leur "inhumanité". Ils vont alors se précipiter
à la recherche de leur corps perdu. Vous savez, à
Tokyo, toutes les choses jugées "sales" sont
cachées. Jamais aucun cadavre n'est apparent. Aucune trace
de la mort n'est visible. La mort organique est, pour ainsi dire,
effacée de notre paysage urbain. Par exemple, à
la mort de ma grand-mère, il m'a été impossible
de voir une seule fois son visage : son corps avait déjà
été évacué par une ambulance. Nous
sommes en train de perdre le sens de la mort. Et, par conséquent,
nous perdons également le sens de la vie. C'est là
tout le sujet de mon film.»
Goda est un yuppie. Il habite à Tokyo. Il travaille
à la télé. Il a une petite amie sublime.
Une petite amie qui, un jour, se pointe devant lui, lui dit que
leur projet de mariage est stupide, et se tire ensuite une balle
dans la tête. Dévasté, Goda reprend difficilement
le dessus. Il se laisse séduire par une punkette délurée,
Chisato, tout en subissant les humiliations des autres membres
de sa bande.
La rencontre de deux "castes" sociales dans un Japon
en bout de course permet à Tsukamoto de façonner
sa première love story cinématographique tout en
cahot et en désespoir. Avec Bullet
Ballet, Tsukamoto poursuit sa réflexion sur le
manque d'humanité qui semble ravager son pays. Une vision
dont le pessimisme est renforcé par une photographie monochrome
somptueuse et oppressante. Moins extrémiste que Tetsuo,
le constat de Bullet Ballet (les armes et la violence finissent
toujours par phagocyter l'être humain) n'en reste pas moins
effrayant !

Sous l'impulsion du farfadet Hiruko, une bande de lycéens ouvre les portes de l'Enfer situées dans les souterrains de leur école et libère une nuée d'araignées maléfiques dont la seule obsession est de troquer leurs abdomens contre les têtes arrachées de leurs victimes humaines. Hieda, un archéologue, et Masao, un étudiant tourmenté, enquêtent sur la mort des étudiants et entament la bataille contre Hiruko.
Seul et unique film de major réalisé à ce jour par Shinya Tsukamoto, Hiruko, the Goblin fait figure de brebis galeuse dans sa filmo. Un film hybride mélangeant les obsessions de l'auteur de Tokyo Fist, mais aussi les impératifs d'un film de commande. Peu ou pas montré dans les festivals internationaux, Hiruko, the Goblin est une rareté, un mélange réussi de gore et d'humour qui n'a rien à envier à ses congénères américains.

Après le kidnapping de son fils par une bande de cyborgs toxicos, Taniguchi subit une incroyable métamorphose : le père de famille sans histoire se transforme en créature mi-homme/mi-machine, ultra-violente et destructrice. Lorsqu'il finit par rencontrer le chef du gang, une bataille d'une brutalité époustouflante a lieu, un combat ultime entre les symboles du Bien et du Mal.
Tourné avec beaucoup plus de moyens que le premier opus, Tetsuo II : The Body Hammer n'est pas, en soit, une suite directe. C'est une réinterprétation des mêmes thèmes qui fourmillaient dans Tetsuo et hantent Tsukamoto (qui s'offre d'ailleurs le rôle du chef des gangsters). Furieux et féroce, le film délivre un torrent de rage et d'énergie dans un univers cyber-réaliste empreint de chaos et de mort. Le monde selon Tsukamoto atteint, ici, son apogée avec des masses de zombies, mélanges barbares de chair et de métal, insensibles à la douleur des autres et indifférents à leur avenir commun. Du cinéma tellurique, digne héritier des mangas signés Katsuhiro Otomo.
Dans le Tokyo d'aujourd'hui, Tsuda, un brillant courtier en
assurances, s'apprête à se marier avec sa fiancée
Hizuru. Il retrouve un de ses anciens amis, Takuji, devenu boxeur
professionnel. Entre Hizuru et Takuji, la fascination opère
vite. Tsuda décide alors de prendre des cours de boxe pour
régler son compte à Takuji. La confrontation devient
inévitable
Duels aux poings écumant de rage, jeune femme adepte du
piercing, chats en décomposition dans des ruelles aseptisées.
Ces quelques visions de Tokyo
Fist résument à elles seules l'état
d'esprit d'un cinéaste qui pousse encore plus loin sa réflexion
perturbante sur la place du corps dans notre société.
Avec ce nouvel opus, qui use de la boxe (carnage aux accents néanderthaliens
plus que discipline sportive) comme une métaphore, Tsukamoto
fait de notre enveloppe corporelle l'exutoire charnel d'un couple
rongé par la jalousie, le manque de communication et un
mode de vie de plus en plus inhumain. Une descente aux enfers
suffocante.