Meshes of the afternoon + At land + Divine Horsemen : The living gods of Haïti

Cinéaste précieuse, Maya Deren a su allier le cinéma expérimental le plus inventif avec une narration ténue, qui lui apporte une reconnaissance quasi-immédiate. Inspirée des surréalistes et des œuvres cinématographiques de Jean Cocteau, elle débute en 1943 avec Meshes of the afternoon, son œuvre la plus connue, co-réalisée avec Alexander Hamid. Forte de ce premier succès, elle met en scène en 1944 At land, errance sur les plages de New York dont il n’est pas impossible qu’elle ait servi d’inspiration à Bergman pour son Septième sceau. De 1947 à 1954, elle filme à Haïti les rites vaudous, soulignant sa passion pour la chorégraphie des corps. Décédée prématurément en 1961 à l’âge de 44 ans, la réalisatrice laissera son film inachevé, jusqu’en 1985, date à laquelle des proches décident de terminer son projet Divine Horsemen.

Jessica Hausner

Maya Deren est, depuis longtemps, une cinéaste qui me fascine et m'inspire. 

Une cinéaste au style transcendantal – précisément dans le sens où l’entendait Paul Schrader dans son livre-manifeste sur le cinéma de Ozu, Bresson et Dreyer.

Ses films touchent à l'impensable, à l'imperceptible, aux abstractions spirituelles que nous sommes incapables d'exprimer en mots. J'irais plus loin encore : elle donne corps à des choses hors de notre compréhension – comme l'éternité, la mort, le non-être, le néant.

Son cinéma est à l'opposé de ce qui nous est connu, sa négation presque. On y touche du doigt une réalité étrangère à sa propre existence. 

C'est comme si elle nous laissait entrevoir une pièce de théâtre depuis les coulisses et qu'on découvrait un espace vide. Ou comme si le personnage principal ne connaissait plus son texte ni le rôle qu'il est censé jouer. Cette sensation étrange, c'est quelque chose que j'essaye de créer dans mes propres films et que je retrouve fréquemment dans l'œuvre de Maya Deren.

La dimension spirituelle que prend son cinéma n'a jamais été plus présente que dans son film documentaire Divine Horsemen: The Living Gods of Haiti. On sait toute l'importance du rituel dans les cérémonies vaudou et c'est précisément sur ce même mode que fonctionnent les films de Deren : avançant selon leurs propres règles, ils sont  comme des rituels à part entière.

De même, Meshes of the Afternoon et At Land – avec leur récit, composition visuelle et montage éclatés  – forment une sorte de puzzle curieux, un puzzle là encore qui n'obéit qu'à sa propre mécanique. Rien n'est coïncidence : tout est symbole. Mais quel est en le sens alors ?

Être traversé par quelque chose qui ne cesse de vous échapper, c’est un sentiment qui m'est extrêmement familier : il m'accompagne tous les jours. D'une certaine façon, avec Maya Deren, je me sens parfaitement chez moi.

Meshes of the afternoon + At land + Divine Horsemen : The living gods of Haïti. 1943 / 1985. Noir et blanc. 81mn. Sonore. États-Unis. Expérimental.
Réalisation: Maya Deren. Production: Maya Deren. Scénario: Maya Deren, Alexander Hamid. Montage: Maya Deren. Photographie: Alexander Hamid. Musique: Teiji Ito. Avec: Maya Deren, Alexander Hamid, John Cage, Parker Tyler.
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