Potemkine a 20 ans!
Au commencement était la boutique. En janvier 2006, dans une petite rue du Xe arrondissement de Paris, Nils Bouaziz ouvre Potemkine. Son idée première n’est pas de devenir éditeur, mais de recréer, pour le cinéma, l’esprit des grands disquaires indépendants. La boutique devient un lieu de découverte de films rares, un espace de transmission et d’échange entre passionnés. Vingt ans plus tard, elle continue d’accueillir artistes, cinéastes, journalistes, critiques et historiens du cinéma, perpétuant cette vocation de lieu de dialogue autour du septième art, porté par une sélection pointue mais jamais élitiste, où chaque œuvre est défendue avec la même conviction ; de Kalatozov aux mondos, avec l’ouverture comme crédo.
Le nom est un manifeste. Emprunté au Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein, il revendique un héritage cinéphile: celui d’un cinéma qui marque l’histoire, bouscule les regards et continue d’alimenter les débats près d’un siècle après sa création. Très vite pourtant, une évidence s’impose à Nils Bouaziz : de nombreux films qu’il souhaite faire découvrir à ses clients sont tout simplement absents du marché français. Pourquoi se contenter de les regretter lorsqu’il est possible de les éditer? De cette frustration naît une nouvelle aventure. En 2007, Potemkine devient éditeur avec un premier titre emblématique: Requiem pour un massacre d’Elem Klimov. Un choix loin d’être anodin, tant il annonce ce qui deviendra l’ADN de la maison: défendre des œuvres majeures, parfois méconnues, toujours essentielles.
Au fil des années, cette passion se transforme en une véritable ligne éditoriale. Sous l’impulsion de Benoît Dalle puis avec l’arrivée de Pierre Denoits, Potemkine construit un catalogue où dialoguent Andreï Tarkovski, Abbas Kiarostami, Werner Herzog, Benjamin Christensen, Eric Rohmer, Jean Epstein ou David Lynch, évidemment. La passion de Nils Bouaziz pour David Lynch étant devenue un rêve éditorial réalisé en permettant à Potemkine d’accompagner plusieurs des œuvres majeures d’un créateur qui a profondément nourri sa cinéphilie. Restaurations exemplaires, suppléments inédits, analyses, livrets et iconographie font de chaque publication une véritable œuvre éditoriale. L’aventure s’est ensuite prolongée dans les salles obscures, Potemkine devenant également distributeur afin de défendre les films sur grand écran avec la même exigence.
Potemkine n’est pas seulement devenu l’un des plus importants éditeurs français de DVD et de Blu-ray : il a démontré qu’une passion sincère pouvait durablement façonner le regard des spectateurs et s’est imposé comme un passeur indispensable du paysage culturel français. Au commencement était la boutique. Vingt ans plus tard, c’est toute une certaine idée du cinéma qui continue d’y vivre.