Une adaptation expérimentale du Dracula de Bram Stoker.
Déjà habitué à travailler sur le cinéma d’horreur (notamment sur A Nightmare On Elm Street), le cinéaste avant-gardiste Péter Lichter s’attaque cette fois à Dracula en suivant plusieurs chapitres du roman illustré par un impressionnant mashup du cinéma vampirique dont les sources sont souvent impossibles à reconnaître. Entremêlant numérique et analogique, vidéo et pellicule, il gratte, efface, repeint, détériore, pour un voyage qui, pour peu qu’on accepte de s’y abandonner, nous plongera dans un état d’hypnose. Il sculpte le cinéma comme une matière fantôme propre à nous hanter, la renvoyant à l’état d’art disparu: les vestiges retrouvés ne sont que bribes illisibles. Un poème abstrait et cauchemardesque qui confine à la réflexion philosophique sur l’avenir de l’image.
Dans un village transylvain enneigé, la jeune Mary vient rendre visite à son père mourant, interné depuis des années dans un hôpital psychiatrique. Elle y rencontre un homme étrange se présentant sous le nom de Dracula.
De la première apparition de Dracula au cinéma, en 1921, un an avant le Nosferatu de Murnau, ne subsistent que quelques photographies promotionnelles, des articles de presse et la novélisation du scénario. Ce film hongrois réalisé par Károly Lajthay demeurait à jamais perdu. C’était sans compter sur un groupe d’étudiants de l’université Sapientia, qui s’est lancé le défi de l’imaginer aujourd’hui tel qu’il aurait pu être hier à partir de ces seuls vestiges. Le résultat est aussi bluffant qu’envoûtant: une renaissance vampirique qui, face à la disparition des images, oppose un refus catégorique de laisser mourir le cinéma.